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Armand MOUSSA : "S.O.S, Je refuse d’être le bouc émissaire "

Nous publions ici une correspondance d’Armand MOUSSA, qui vient d’être condamné à 10 ans de prison par le tribunal de Cayenne.

En 1996 lorsque je travaillais en tant qu’animateur à la radio de Maripasoula, j’ai été victime d’une certaine forme d’inimitié venant des expatriés métropolitains vivant dans cette commune du Haut Maroni.

Je présentais deux émissions dont les thèmes étaient : « l’oppression des Noirs dans le monde » et « les conséquences du système occidental sur l’évolution sociale de la communauté Bushi Nengué ».

Certains ont été très choqués par ces deux émissions notamment, les Métropolitains qui se sont sentis visés.

Depuis, ces personnes, dont certaines sont journalistes aujourd’hui, ont commencé à s’acharner sur moi en envoyant des écrits aux Autorités françaises en Guyane. Ils ont préféré garder le silence sur les réalités qu’ils ont vécues sur le Haut Maroni.

Tout ce qui a pu se passer devant eux, par exemple les veillées de : Nemoye, Nicolas, Michel, Ricardo, Deel, Pinas et une jeune cuisinière, tous assassinés par des braqueurs brésiliens vers la fin de l’année 2000 n’ont eu aucune importance à leurs yeux.

Les Autorités brésiliennes n’ont jamais adressé un mot de soutien ou présenté des excuses aux familles des victimes. La Justice française n’a tenu compte d’aucune des plaintes déposées par les Bushi Ningué et les orpailleurs à la Gendarmerie de Maripasoula. Ces affaires n’ont jamais été médiatisées et élucidées par le Tribunal de Grande Instance de Cayenne. Elles sont, à l’heure actuelle, classées sans suite. Il n’y a pas eu de procès et il n’y en aura jamais.

Les gendarmes qui sont normalement censés assurer notre sécurité en tant que citoyens français, nous disent de nous protéger nous-mêmes car ils sont en sous-effectifs. Alors dans quel monde vivons nous ? Vivons nous aux Etats-Unis ou bien en France ? Je me pose bien ces questions. Mais cette attitude me semble être une sorte de mépris envers la communauté Bushi-Ningué en Guyane. L’exemple qui suit pourrait servir de preuve :

« Un jour, j’ai pris un hélicoptère afin de transporter du matériel vers mon site de travail. A l’arrivée, je retrouve des ouvriers, en compagnie d’un citoyen brésilien arrêté sur un autre site. Compte tenu de son état physique et de ses propres déclarations (il a reconnu avoir participé aux braquages ayant causé la mort de certaines des personnes citées ci-dessus), j’ai décidé de le conduire à la Gendarmerie de Maripasoula.

Après l’avoir entendu, les gendarmes ont tranché eux-mêmes, puisqu’ils lui ont rédigé une plainte contre nous. Pourtant, mon intention était non seulement de porter plainte contre ce dernier pour faire valoir les droits des Bushi-Ningué tués gratuitement sur les sites d’orpaillage, mais d’alerter également les Autorités judiciaires.

Suite à cela, ils m’ont infligé une peine de cinq ans de prison ferme. J’ai été condamné pour des actes de torture, de barbarie, de séquestration arbitraire et d’esclavagisme. On m’a accusé d’esclavagiste, moi un descendant d’esclaves, j’ai été condamné à cinq ans de prison ferme que j’ai purgé.

Depuis cette affaire, je ne travaille plus dans le domaine de l’orpaillage, j’ai tout perdu, j’ai dû refaire ma vie ailleurs en recommençant à zéro sans un Euro en poche.

Un an et demi après, voilà qu’on m’accuse à nouveau. On m’accuse d’avoir volé les passeports de deux brésiliens dont l’un aurait été assassiné par des individus connus de la Justice. Il s’agit là pour moi d’un coup monté car je ne suis ni un assassin, ni un voleur.

Et cette fois ci, j’ai refusé de comparaître devant la Cour d’assises. Je souligne que lors de ce procès ni les accusés du meurtre, ni le plaignant, n’ont été présents. La Justice me condamne à trois ans de prison ferme pour vol et acquitte ces individus suspectés du meurtre.

Suite à cette injustice, le Procureur général de la Région Antilles-Guyane a décidé de faire appel depuis la Martinique afin de redonner un soupçon de crédibilité à la Justice française en Outre-Mer.

Les Représentants de l’Etat français en Guyane n’ont pas la possibilité d’encadrer et de contrôler l’orpaillage. Il est par conséquent plus facile pour eux de dénigrer ce secteur d’activité souvent occupé par de petites entreprises locales.

Ils pensent que j’ai des secrets à dévoiler sur les orpailleurs Bushi Nengué. C’est la raison pour laquelle ils veulent m’obliger à comparaître devant une Cour d’assises à la place des personnes qu’ils n’arrivent pas à arrêter.

Suite à ces situations injustes, j’ai décidé de m’exprimer à travers ce communiqué. Je veux que la vérité soit connue par toute la population française et en particulier par tous ceux qui ont vu et entendu à quel point j’ai été sali et incriminé à travers de multiples journaux télévisés, la presse écrite, les radios et sur Internet. Ils ont utilisé tous les moyens de communication pour faire de la propagande calomnieuse sur ma personne.

Nous « orpailleurs » sommes traités d’esclavagistes par les médias, parce qu’ils ont vu travailler nos ouvriers dans la boue. Mais comment extraire de l’or sans remuer la terre, sans utiliser de l’eau et sans travailler dans la boue ? L’or ne tombe pas du ciel.

Sachez que je ne suis ni assassin, ni criminel, ni leader de gangs de malfaiteurs, et encore moins impliqué dans cette affaire dans laquelle on m’accuse d’avoir volé les passeports de deux Brésiliens.

Je ne contrôlais pas l’ensemble des sites d’orpaillage du Haut Maroni, je ne possédais pas de société d’orpaillage. J’étais simplement employé par un orpailleur pour encadrer des ouvriers sur son site.

Il est impératif d’insister sur ce point car quand on parle de l’orpaillage dans la région de Maripasoula, que ce soit dans les journaux ou dans les tribunaux, on mélange, globalise et confond tout pour amplifier la gravité des faits et accentuer le mépris envers les personnes ciblées.

Je ne détiens aucune information secrète sur aucune éventuelle grande organisation aurifère. Je n’ai jamais eu le pouvoir de contrôler la pensée et le cœur des hommes ; je n’ai jamais donné d’ordre à quiconque de faire du mal à qui que ce soit. Les Bushi Ningué exploitant l’or ont été salis, diabolisés et maintenant écartés pour laisser place à des clandestins venus d’ailleurs et à de grandes multinationales.

Lorsque j’ai rencontré le Brésilien, considéré comme victime par le tribunal de grande instance de Cayenne dans le cadre de l’instruction de cette affaire devant le Juge, il a avoué ne pas me connaître, mais qu’il me reconnaissait d’après les « ON DIT ».

D’ailleurs ces propos ont fait rire l’avocat qui me représentait et le Juge d’instruction. Ce dernier a alors prononcé un non-lieu en ma faveur sur cette affaire.

Ce Juge a été écarté quelques mois plus tard du dossier et aujourd’hui on relance cette affaire pour apaiser les ardeurs du Parlement brésilien qui s’est prononcé sur le sort de ses ressortissants en Guyane.

Si je ne me suis pas présenté au procès, ce n’était pas par peur de la Justice. Lors de ma première condamnation je n’ai pas été jugé ; on m’a pris pour servir d’exemple en reportant ce jugement trois fois afin de faire assister le Consul du Brésil en Guyane à l’audience, de la même manière que les maîtres faisaient assister leurs amis quand ils fouettaient mes ancêtres à mort nus sur les places publiques en présence des autres esclaves.

Je n’ai pas été jugé, j’ai été désigné coupable. Ils n’ont pas du tout tenu compte des nombreux témoignages des hautes personnalités coutumières de la communauté Bushi Ningué. Je ne suis pas un fugitif, mais je dis non à cette injustice flagrante. Je ne suis ni un voleur ni un criminel, je ne veux absolument pas passer devant une Cour d’assises pour servir une fois de plus, de bouc émissaire et faire plaisir aux Autorités brésiliennes.

Je refuse de me présenter devant une Justice de couleur où on est prêt à m’infliger, encore une fois, une peine exemplaire dans un procès médiatisé où je ne pourrais m’exprimer qu’en répondant par « oui » ou par « non » à des questions préparées à l’avance pour me culpabiliser.

Je me réjouis de cette coopération franco-brésilienne qui a donné naissance à la construction d’un pont entre la Guyane française et le Brésil. Il sera beaucoup plus facile pour nos maîtres d’avoir un œil sur la Guyane par le biais d’une autre puissance. Cela permettra au Brésil de continuer à se débarrasser de ses malfaiteurs sans que les Guyanais ne puissent s’y opposer.

Ce serait hallucinant de ma part de dire que c’est une nouvelle forme de colonisation pour la Guyane et les peuples qui y vivent. Alors si le nègre de Guyane devenait plus conscient plutôt que de rester dans l’ignorance ? Et s’il cherchait à demander la révision de la Constitution française vis-à-vis de ses spécificités, l’autonomie ou l’indépendance ? Y aurait-il une incohérence ?

Moi j’affirme que oui. Car pour certains, l’assimilation et le lavage de cerveaux auraient échoué.

Comprenez donc pourquoi l’oppression et l’aliénation mentale des noirs doivent toujours continuer dans le monde. Tant que des gens comme moi existeront, on imaginera toujours des affaires pour nous mettre en prison parce que nous disons la vérité.

La vérité est toujours un vrai tabou dans notre société, elle doit sans cesse être cachée pour laisser place à l’hypocrisie, ce qui est souvent embarrassant.

Voila, encore une fois, pourquoi je refuse de comparaître devant cette Cour d’assises, je préfère vivre en marge de la société française comme toutes les victimes de l’injustice dans le monde. Je me considère comme tous les prisonniers noirs qui ont été accusés à tort. Je partage leurs sentiments, je sais dans quel état d’esprit ils purgent leurs peines. Je n’éprouve aucune honte car j’ai compris quel rôle on veut me faire jouer.

Pour ceux qui espéraient tirer profit de cette affaire, sachez que je ne possède aucune fortune. Tout ce que je vous demande c’est la paix ; me laisser vivre et travailler en paix loin de ce milieu où j’ai tout laissé.

Je me suis permis de m’exprimer au nom de la démocratie, j’espère que cette initiative ne me causera pas préjudice car je vis dans un pays où le droit d’expression est légitime.

Armand MOUSSA




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