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On a beaucoup écrit sur l’histoire de la Guyane et cette entreprise n’est pas sur le point de s’arrêter. En effet, cette démarche sous-tend des enjeux politique et idéologique. L’écriture de l’Histoire de la Guyane est traversée par deux courants. Le premier s’attache à nier voire à occulter l’histoire des peuples victimes de la colonisation. En revanche, le second vient appuyer le premier pour minimiser de façon cynique les responsabilités de l’entreprise coloniale de la France.
C’est l’histoire officielle de Rémire, reprise telle quelle par certains, qui nous servira d’illustration.
DE L’OCCULTATION
Ce que nous nous voulons mettre en évidence c’est l’entreprise qui relève du négationnisme que bon nombre d’acteurs mettent en œuvre. Cela va des manuels scolaires à certains médias qui omettent ou falsifient la réalité des faits. Ainsi, s’agissant de Rémire il est de bon ton de dire que Armire est le toponyme amérindien de cette commune fondée en 1652 par les Seigneurs de la France Equinoxiale. Quatre ans plus tard, ce sont les Hollandais qui occupent la place laissée vacante par les Français.
Vers l’Habitation Vidal
Après de nombreux épisodes, l’Amiral d’Estrée va reprendre Cayenne. Puis les jésuites vont développer cette partie de la colonie. On nous fera admirer, le travail de propriétaires notoires tels que Vidal qui ont même introduits des machines à vapeur, signes d’évolution, sur leur habitation. Après cet épisode de la période esclavagiste, l’éruption de la montagne Pelée en 1902, va remettre cette bourgade sur le devant de la scène. Des familles de sinistrés y seront installées et alimenteront Cayenne en produits maraîchers. Entre cette approche somme toute naïve mais pas dénuée d’arrières pensées, l’histoire de Rémire comme celle de la Guyane n’a jamais été un long fleuve tranquille pour les colonisés.
LA REALITE
On l’aura compris, il s’agit de l’histoire coloniale de la Guyane vue à travers le prisme des autorités coloniales. « Ecrire en pays dominé » n’est pas chose facile. D’une part, les premiers à le faire sont des voyageurs, des gouverneurs ou autres qui ne font que donner la vision coloniale. En outre, sous couvert de neutralité, le système colonial sait instrumentaliser les chercheurs (linguistes, ethnologues, historiens et bien d’autres) afin de donner une légitimité scientifique à son entreprise de falsification afin que perdure sa domination. La France l’a déjà fait en Afrique, au VietNam et dans les dernières colonies. D’autre part, les colonisés sont formés par les pays colonisateurs. Seuls quelques uns arrivent à s’extirper de leur pensée ethnocentriciste.
Pour revenir à notre propos, l’histoire amérindienne de cette partie de notre pays ne se limite pas à des gravures, des polissoirs ou à des poteries. Dès 1652, l’un des objectifs de la compagnie des Seigneurs de la France Equinoxiale était d’évangéliser les « sauvages ». Mais dans le même temps les amérindiens avaient à subir les exactions des colons. Pillages, vols et tueries étaient leur lot quotidien. Les français ont quitté les lieux suite à une attaque massive des peuples autochtones de cette région. C’est l’Amiral d’Estrée qui a fait disparaître les amérindiens du paysage de l’isle de Cayenne. La communauté des nègres-créoles (comme on les appelait à l’époque) a également été victime de la brutalité du système colonial.
Les premiers esclaves sont arrivés en Guyane en 1652. Ils étaient au nombre de 15, ils avaient été capturés à un navire anglais. Entre temps, les juifs étant indésirables dans les colonies espagnoles et portugaises, une petit groupe d’une soixantaine d’entre eux fuyant le Brésil s’est installé à Rémire (Armire) avec leurs esclaves.
Forts de leur expérience de la culture de canne à sucre, ils la développèrent en Guyane. Ils installèrent la première sucrerie ainsi qu’un moulin hydraulique. On sait que suite à leur départ de la colonie pour le Surinam, l’ancienne église du quartier a été construite à l’endroit même où se dressait une synagogue. Après une brève occupation anglaise, la France va s’imposer en Guyane et elle va installer les jésuites sur les terrains confisqués aux juifs. La réussite de cette congrégation religieuse est due au travail des esclaves.
En effet, on « oublie » souvent de le rappeler, les jésuites devinrent de riches propriétaires terriens mais surtout les plus grands propriétaires d’esclaves en Guyane. L’une de leurs habitations, l’habitation Loyola, était un modèle du système esclavagiste. En 1735, le recensement de cette année révélait que ces religieux possédaient 199 esclaves. A l’échelle de la Guyane ce chiffre est énorme. En outre, ils possédaient des armes (6 canons, 6 fusils, 18 sabres) des moyens de navigation (3 canots de pêche, 3 de canots de navigation), des animaux (30 chevaux, 20 brebis et 600 vaches), 25 hectares de cannes à sucre et 25 000 pieds de cacao. Ils produisaient 1/7 ème de la production de sucre et la moitié de celle de cacao. Ils ont quitté le pays en 1665.
Rémire ne fera guère parler d’elle, si ce n’est que par le signalement de bandes de nègres marrons qui sévissaient sur son territoire. La révolution française de 1789 va entraîner le départ de nombreux colons. Ce mouvement va s’amplifier en 1794, avec la première abolition de l’esclavage dans les colonies. Son rétablissement en 1802 ne va pas changer grand chose car de nombreux esclaves vont refuser de réintégrer les habitations comme ce fut le cas à Tonnegrande et de Montsinéry. Des chroniqueurs de l’époque ainsi que des rapports au Ministre du commerce signalent des actes de rébellion ici et là. Des hommes, des femmes et même des adolescents seront condamnés, torturés (supplice de la roue) puis tués. Le point de départ de l’occupation anglo-portugaise sera Rémire. Les portugais vont développer une fois de plus cette région avec les larmes et le sang des esclaves.
Plusieurs « habitants » ont profité de cette « dynamique » comme le sieur Jean Vidal qui était réputé pour sa cruauté avec ces esclaves. Ce colon possédait 245 esclaves, chiffre impressionnant pour l’époque. Il va , par la suite, introduire une machine à vapeur sur son habitation, fait extrêmement rare en Guyane. On entend dire souvent que les nègres n’ont rien fait en Guyane et que d’autres populations s’illustraient par le travail. Nombre de canaux, que ce soit à Cayenne (canal Laussat), Rémire (la crique fouillée) ou encore le canal de Kaw et bien d’autres , sont le fait des esclaves qui ont payé de leur vie pour que le système perdure et génère des profits.
Suite aux soulèvements multiformes des esclaves dans les colonies françaises mais aussi à des contradictions économiques du capitalisme naissant, la France forcée et contrainte, va abolir ce système inique en 1848.
Rémire va s’enfoncer un peu plus dans sa léthargie. Les esclaves vont quitter les plantations. Ceux de l’habitation Beauregard vont aller s’installer dans le bourg, refusant par la même le travail salarié avec leurs anciens maîtres. Pour pouvoir « sauver » leurs âmes le gouverneur de l’époque leur fera construire l’église paroissiale de l’annonciation.
En 1902, suite à l’éruption de la Montagne Pelée en Martinique les dizaines de sinistrés seront installés dans la partie la plus marécageuse de l’époque. Les nouveaux venus ont été une fois de plus trompés par les autorités françaises. Les promesses d’aides n’ont pas été tenues. Ils ont dû compter sur leurs propres forces et sur la solidarité de la pullulation guyanaise.
Au terme de ce bref historique de Rémire , il ne fait aucun doute de la l’histoire coloniale de notre pays est travestie et bafouée en permanence. L’histoire nous apprend aussi que le destin commun des communautés amérindienne, bushinenge , créole et autres victimes du système colonialiste est déjà réalité. Elle l’est, même si certains esprits chagrin cherchent par tous les moyens à monter les communautés les unes contre les autres. Diviser pour régner est l’objectif qu’ils se sont fixés afin que perdure l’occupation coloniale de la Guyane. Ils ont la mémoire courte. Leur arrogance et leur puissance militaire et économique ne les a pas protégés de la prise de conscience des peuples d’Afrique, et du Vietnam. Le glas du colonialisme français en Guyane a déjà sonné même si beaucoup ne l’ont pas entendu.
Mouvement International pour les Réparations (MIR)
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