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Introduction
Ce livret a pour objet, 6 ans après le tragique glissement de terrain du Mont Cabassou le 19 avril 2000 sur la commune de Rémire-Montjoly, et qui a fait officiellement 10 victimes, de retracer, ou tout au moins donner aux guyanais des éléments de réponse sur ce qui s’est passé et qui a conduit à cette catastrophe.
En effet, en cette année 2006, alors qu’une information judiciaire avait été ouverte contre X par le procureur général eu égard au nombre de victimes, elle s’est soldée par un non-lieu le 21 mai 2002. Sans aucune mise en examen au préalable, alors qu’existent bel et bien des éléments qui montraient que le Mont Cabassou était sujet, régulièrement, à des mouvements de terrain.
6 Ans après, les familles des victimes de la catastrophe continuent leur périple dans la quête de la vérité. Pas de responsable, c’est la faute à « pas de chance », les victimes se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. « Circulez, il n’y a rien à voir » : c’est en définitive la réponse qui leur est faite.
L’Etat et d’autres se sont même empressés, les jours suivants le drame, de déclarer l’événement en catastrophe naturelle, au motif que ce serait la voie assurée à la prise en compte des dégâts matériels, moraux et corporels subis. Mais point d’indemnisations.
Le MDES s’est porté partie civile aux côtés des familles sur le volet judiciaire.
Nous avons déjà écrit au sujet de cette catastrophe, engagé ou participé à des actions pour la sécurisation et la réhabilitation du site, mais aussi pour la mémoire des victimes comme cela se fait partout dans le Monde contemporain.
Nous avons pris le temps de la réflexion, la douleur et les cicatrices pour les familles étant encore fraîches, le sujet est délicat. Mais leur quête vers la justice et la vérité étant semée d’embûches, nous avons décidé de publier ce livret. Car l’Histoire de la catastrophe de Cabassou, c’est aussi l’histoire des Guyanais. N’importe lequel d’entre nous aurait pu être touché ce jour-là. On a souvent tendance à nous rétorquer que nous n’avons pas d’histoire, pas de passé. Pour nous, il est temps aussi que les Guyanais s’approprient et écrivent leur histoire. Ce livret est donc l’occasion, à l’heure du sixième anniversaire de la catastrophe de Cabassou, de porter notre contribution au devoir de mémoire collectif guyanais, à la mémoire des victimes du glissement de terrain du 19 avril 2000.
Pou nou pa bliyé.
Rappel des faits
19 avril 2000, il est 13h30 : Un volume estimé à 300 000 m3 de terre se détache de la colline de Cabassou et s’écroule en contrebas sur la RN3 qui la traverse, pour finir sa course sur la Cilama, usine de fabrication de produits laitiers. Cette catastrophe fera 10 morts officiellement : 6 employés de la Cilama, 2 automobilistes (un père et sa fille à bord) circulant sur la route, 1 agent de la DDE et 1 retraité.
Une équipe d’intervention de la direction Départementale de l’Equipement était présente au moment du glissement pour couper et enlever un bois canon. Elle avait été dépêchée sur place car le bois présentait un danger pour la circulation sur la route dans le sens de Degrad-Des-Cannes : il menaçait, penché vers l’avant en haut du talus qui surplombait la RN3, de s’effondrer sur la route. C’est le chef de cette équipe qui disparaîtra sous l’épaisse coulée de boue, les 5 autres agents de la DDE présents réussissaient à s’échapper de justesse en courant, suite à l’alerte donnée par l’un des leurs.
Vu le nombre de victimes et l’ampleur du phénomène, une information judiciaire est ouverte par le procureur général alors en poste, Anne KAYANAKIS. L’instruction est confiée au juge Mlle MALARDEL, du TGI de Cayenne. Elle ordonne une expertise menée par 2 experts indépendants : Francis BARDOT ingénieur civil des mines et expert près la Cour d’Appel de Lyon agréé par la Cour de Cassation ; Roberto BERTILOTTI ingénieur de l’école Polytechnique de Milan et expert près la Cour d’Appel de Paris.
Ils rendent leur rapport le 9/10/2000 dans lequel ils répondent précisément dans leurs conclusions, à 4 questions posées par le juge d’instruction :
- Le glissement de terrain de la colline de Cabassou survenu le 19 avril 2000 est-il la conséquence d’interventions humaines ou d’une cause naturelle ? Des interventions humaines ont-elles accéléré le processus ?
- Ce glissement était-il prévisible ? Le cas échéant, sa trajectoire et la quantité de matériaux déplacés pouvaient-ils être évalués ?
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Y-avait-il déjà eu des mouvements de terrains sur la zone ? Le cas échéant, toutes dispositions adéquates ont-elles été prises pour prévenir un renouvellement de ce phénomène ?
- Une surveillance continue du site était-elle nécessaire et s’est-elle exercée ?
Nous reviendrons plus loin sur les réponses apportées par ces experts aux questions formulées par le juge d’instruction.
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