|
Rien de nouveau sous les brumes de la France
Nous publions ici le point de vue d’un militant anti-colonialiste sur la question concernant "le caractère positif de la colonisation" chère au gouvernement français.
L’assemblée Nationale française, a, introduit dans la loi, du 23 février 2005 un amendement, imposant aux ouvrages scolaires, la mention du caractère positif de la colonisation. Bien entendu, le vote, ces jours-ci, du libellé de l’article 4 de cette loi, n’a pas laissé indifférents les intellectuels de France qui ont aussitôt protesté. Il y a eu au sein même de la majorité UMP quelques ruades de principe. La Martinique, a sévèrement condamné, cette opération législative, au point que le Ministre de l’Intérieur, déclaré : persona non grata, s’est trouvé dans l’obligation d’annuler la visite qu’il avait projeté de faire dans cette colonie... En Guyane, c’est : « silence radio »
La loi en question, intervient à un moment, où la France coloniale, se trouve en situation, de guerre sociale ouverte, contre les ressortissants de ses anciennes et actuelles colonies, installés sur son territoire depuis des décennies et qui vivent, amèrement une mise en quarantaine sociale et une discrimination avérée, alors que de suaves discours politiciens leur distillent, une quotidienne rengaine, sur l’égalité et la fraternité, entre tous.
Cette loi arrive, alors que de la voix de M. Nicolas Sarkozy, aux accents imagés de « karcher » et de « racaille » s’adresse aux fils de ces colonisés, casés dans des immeubles de certaines banlieues, où on a pas trouvé mieux que de décréter ces jours-ci, depuis près d’un mois, comme au temps de la guerre d’Algérie en 1954, un couvre feu. Ainsi, ce couvre feu de 1954 qui visait principalement à l’époque les maghrébins, frappe aujourd’hui, comme par hasard, leurs enfants, petits enfants et aussi, les nôtres.
En matière d’histoire coloniale, il n’y a pas de coïncidence. Il y a tout simplement des faits, concomitants, des actes et des pratiques persistantes à l’égard des colonisés.
En sommes nous aujourd’hui encore, au stade de nous étonner, du vote de cette loi et de sa formulation qui conforte la colonisation. En sommes nous, aujourd’hui, encore, au stade de nous étonner, de la démarche législative, suivie par les députés français pour l’inscrire, dans les manuels scolaires.
Le fond de la loi et la démarche entreprise pour la mener à terme, sont tout à fait en conformité, avec ce qu’est la France et sa philosophie coloniale. Elle sait, mieux que nous-mêmes, qu’elle a encore des colonies, dispersées aux quatre coins du monde et que leurs habitants, affublés, d’un Ministre, chargé de ce ghetto politico-administratif, au sobriquet de DOM-TOM, sont en fait des colonisés et regardés comme tels, partout où ils se trouvent, ici : en Guyane et là bas : en France. La France, sait mieux que personne, qu’elle a tout naturellement mis dans le même sac, les territoires conquis de la Caraïbe de l’Océan Indien du Pacifique et d’Amérique du Sud et que, pour mieux les identifier, elle les a placés en subdivision 97-1, 97-2, 97-3 etc. Des numéros d’écrous, en quelque sorte.
Pouvons nous, reprocher à la France, de légitimement se protéger, de nos éventuels écrits, sur les heures sombres de sa colonisation, chargée de crimes et noyée de mensonges, au moment où les émigrés de Martinique de Guadeloupe de Guyane et de ses autres colonies, vivant sur son territoire, élèvent la voix et s’insurgent contre les mauvais traitements qui leurs sont infligés.
Les actes que produisent la France et ses élus, ne sont pas notre fait. Il sont : eux, ,nous sommes : nous. Ne tombons pas dans une logique de protestations, en vue d’une quelconque abrogation. Les traits de plume, en guise de ratures, n’effacent rien, en fait, dans la conscience des colonialistes.
Serions nous assez naïfs, de leur laisser penser que nous croyons qu’ils ont fait une erreur et qu’ils la reconnaissent, alors que nous savons que l’acte accompli, est le résultat et le vrai visage, de ce qu’ils sont, et de ce qu’ils pensent.
Il s’agit alors pour nous, d’utiliser au mieux, leurs faits et gestes pour interpeller les populations des dernières colonies françaises, dans le seul but, qu’elles prennent résolument, la décision, d’en finir, au nom de la dignité, définitivement, avec cette situation et cette identité, de colonisés.
Alain MICHEL
Militant anticolonialiste
Responsable du Parti National Populaire Guyanais
|