|
RK 143 (Juin 2004)
La Guyane, colonie enclavée à tous égards. Pas de routes « nationales » dignes de ce nom après 400 ans de colonisation, une seule compagnie aérienne qui bloque la circulation des biens et des personnes par le biais de ses tarifs scandaleux, un trafic maritime plus que réduit, et pour faire bonne mesure des télécommunications à des prix eux aussi scandaleux dès l’ors que l’on cherche à se mettre en liaison avec notre continent sud américain.
Bref, une vrai colonie qui continue à appliquer le principe de l’exclusif instauré par Louis XIV. En d’autres termes, commercer, oui, mais avec seulement la France. Mais ce n’est pas tout car on observe les mêmes restrictions à l’intérieur de la Guyane. Par exemple, nous avons des communes qui n’ont toujours pas accès au téléphone. Oui, en 2004, dans un pays où l’on lance des satellites de communication. En colonie, on n’en n’est pas à une contradiction près.
Il y a une semaine, l’opérateur monopoliste de communications demande aux élus guyanais des fonds pour pouvoir installer le haut débit sur l’ensemble du territoire alors que nombre d’habitants de la Guyane n’ont toujours pas accès au téléphone. Leur logique capitaliste tient pour quantité négligeable ces laissés pour compte du système. Alors, pourquoi faire miroiter le haut débit pour tous quand on sait que cet opérateur n’a que faire de la qualité des liaisons téléphoniques quelles soient analogiques ou numériques. Premièrement, les conditions de réception ne sont pas toujours bonnes surtout pendant la saison des pluies. En ce qui concerne le téléphone portable, le nombre de canaux octroyé est nettement insuffisant c’est ce qui explique que les appels ne passent pas toujours. L’usager, dans ce cas, est basculé sur la messagerie en perdant des unités. Quant à l’opérateur, il empoche quelques euros au passage, c’est ça le « service publique ». Pour l’Internet, le mode analogique ne donne pas entière satisfaction car le débit ne correspond pas souvent aux chiffres annoncés lors des opérations de marketing. De nombreux usagers se plaignent de ne pas pouvoir accéder à leur messagerie tellement le débit est faible. Ce constat est quotidien. Quant au haut débit, la vitesse annoncée n’est, elle, pas aussi au rendez-vous. En revanche, le prix de l’abonnement est en « très haut débit » puisqu’il dépasse de très loin ceux pratiqués en France.
Alors, avant de chercher à « empocher à haut débit », cet opérateur aurait tout intérêt à revoir sa politique tarifaire ainsi que la qualité des produits qu’il propose aux guyanais. Nos élus ont aussi leur part de responsabilité dans cette affaire. Ils doivent (re)faire un état des lieux, mettre en place un schéma directeur cohérent qui permette de donner accès à des communications à des prix acceptables pour tous. Leur rôle, n’est pas de valider la fracture numérique, ce que veut faire passer en force, une fois de plus, le gouvernement français, en utilisant la politique du chantage systématique.
Cette politique consiste à dire que si vous refusez, nous en reparlerons dans vingt ans. A l’heure qu’il est, il vaudrait mieux inverser la vapeur et commencer par un rattrapage à vitesse grand V.
|