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RK 143 (Juin 2004)
Le 23 mai dernier, les habitants de Polynésie se sont rendus aux urnes afin d’élire les 57 membres de l’Assemblée de Polynésie.
Les résultats ont scellé la cuisante défaite de la majorité Tahoeraa Huiratiraa (UMP) qui n’a obtenu que 28 sièges. Cette déroute est considérée aussi comme la défaite personnelle de Gaston FLOSSE, chef de file de l’UMP en Polynésie, ami personnel de Jacques CHIRAC, qui gère l’archipel, d’une main de fer depuis plus de 20 ans.
Face à cette majorité s’est trouvée l’Union pour la Démocratie, composée de plusieurs mouvements politiques et d’un parti ouvertement indépendantiste, le Tavini Huiratiraa conduit par le Maire de la ville de Faaa, la plus peuplée de Polynésie, Oscar TEMARU. L’Union pour la Démocratie a obtenu 26 sièges au soir du 26 mai. 2 des 3 sièges restant ont été obtenus par des conseillers autonomistes.
Le 3 juin, les 57 conseillers se sont réunis pour élire le Président de l’Assemblée et malgré tous les efforts « anlè ké anba fèy » de Gaston FLOSSE et toutes les pressions du pouvoir parisien, Tony GEROS, le candidat présenté par la liste d’OSCAR TEMARU a été élu au poste de Président de l’Assemblée territoriale avec 29 voix contre 28 à son opposant, présenté par la liste de Gaston FLOSSE.
Prochaine étape, jeudi 10 juin avec l’élection du Président de la Polynésie Française. 2 candidats sont en lice, Gaston FLOSSE et Oscar TEMARU.
Mais n’oublions pas que même si la Polynésie française bénéficie d’un statut particulier caractérisé par une large autonomie (que l’ensemble de la classe politique locale, toutes tendances confondues, souhaite encore accroître) elle demeure une colonie française..
Et c’est pourquoi, depuis l’élection du 23 mai, le pouvoir colonial est pris d’une crise d’urticaire. Des menaces officieuses de réduire, voire couper les transferts financiers vers l’archipel, en cas de victoire des indépendantistes, sont proférées et circulent dans toutes les rues de Papeete et de Faaa. Ces menaces ont d’ailleurs été ouvertement condamnées par un député socialiste français et par Nicole BOUTEAU, ancienne ministre du tourisme de Polynésie et membre de l’Assemblée.
Et pourtant, Oscar TEMARU déclarait récemment que « l’accession de la Polynésie française à l’indépendance était conditionnée à la mise en place d’une longue procédure. » Et de préciser : « Ce sont les indicateurs économiques qui dicteront la conduite à tenir. » Dans ce même entretien accordé à l’agence TAHITIPRESSE, il exprime son désir de « réinscrire la Polynésie française sur la liste des pays à décoloniser », dont elle avait été retirée en 1947, par le général de Gaulle.
Riche d’une grande expérience criminelle de guerre coloniale, le Gouvernement français vient de dérouter un escadron de gendarmerie mobile récemment en poste chez nous en Guyane pour les opérations Anaconda, vers la Polynésie afin, dit-il, de prévenir des éventuels débordements et de garantir l’ordre républicain....
L’ancienne ministre Nicole BOUTEAU a d’ailleurs réagi récemment à cette nouvelle en faisant appel à l’Etat français : « Attention à ce que vous faites dans ce Pays... »
Lorsque paraîtra ce numéro de Rot Kozé, les choses auront connu une avancée dans cette colonie française et nous pourrons poursuivre nos analyses et tirer des bilans.
On ne peut s’empêcher d’ores et déjà de saluer l’attitude des habitants de la Polynésie qui, à l’instar de ceux de la Martinique, (2 régions qui enregistrent un certain niveau de développement), ne se laissent pas aveugler et acceptent de confier les commandes de leur territoire à des hommes et à des mouvements politiques se situant dans un cadre de projet différent qui met en avant les notions de responsabilité et de dignité.
Nous, ici, ça va. La situation n’a jamais été aussi catastrophique sur le plan économique, social, culturel, et de l’aménagement, l’absence de perspectives n’a jamais été aussi criant, mais ça va, puisqu’on se déplace en masse vers les urnes afin de redonner les leviers à ceux la mêmes qui l’ont depuis près de 20 ans.
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