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L’Etat Français laisse l’état des routes en l’état

RK 143 (Juin 2004)

A quelques mois du procès de la responsabilité effective de l’état français à propos de la catastrophe de Cabassou (10 morts), les effondrements de portions de la RN2 puis de la RN1 relancent le débat sur l’état des routes en Guyane. Pendant longtemps, le bouc émissaire était les intempéries, mais aujourd’hui se pose la question de savoir si le gouvernement français veut réellement construire des routes fiables dans ce pays.

Avec une accidentologie en hausse constante, le nombre d’accidents n’est pas toujours imputable au comportement inexcusable de certains usagers de la route. On sait que l’état des routes n’est pas étranger à la hausse de ce fléau qui ronge la Guyane.

A ce jour, en 400 ans de colonisation, la France n’a construit que 1300 kilomètres de routes. Seuls 483 kilomètres sont des routes nationales (Source DDE). Selon leur propre loi, c’est l’état qui est responsable de ce type de routes et le gestionnaire est la DDE. Depuis l’année 2000, le nombre d’affaissement de ces routes est en constante augmentation. Toutes les routes sont concernées RN 1 RN2 et RN3. Qui est responsable ?

(JPEG) Qu’est ce qui peut expliquer ce mauvais état chronique des routes de Guyane ? La réponse est simple. Les économies de bouts de chandelle. L’état ne veut pas investir dans des infrastructures lourdes. Il préfère jouer avec la vie des habitants de la Guyane. Suite à l’affaissement de la RN2, une mission d’experts est venue ausculter le réseau routier guyanais. Le bilan est édifiant. Il y a 300 buses en acier sur les routes « nationales ». Elles sont âgées en moyenne de 25 ans. Ce type de buses n’est plus utilisé sur les ouvrages hydrauliques en France. Si l’on comprend bien, ce rebut est revendu aux colonies. Les routes de Guyane sont dangereuses si l’on se réfère aux rapports des experts. Sur 130 ouvrages hydrauliques inspectés, l’état doit les changer rapidement. Il y a 22 d’entre-elles que l’on doit remplacer avant la fin de cette année. En outre, 116 devront elles aussi être réparées dans les années à venir. Sans compter celles qui n’ont pas été inspectées.

Que peut-on dire de l’état des routes dans ce pays ? Elles sont hors normes puisqu’elles ne respectent pas la législation en vigueur. Ce n’est pas nous qui le disons, ce sont les hauts responsables des routes venus ici la semaine dernière qui l’affirment. Les RN1, 2 et 3 ayant été construites avant la mise en place des nouvelles normes, on peut dire que les routes de Guyane sont hors la loi. Il y a beaucoup à dire sur cet aspect. Par exemple, les nids de poules sont permanents. Une petite couche de bitume n’arrive pas à masquer cette réalité. Nos routes sont dangereuses parce qu’aucun moyen de secours n’est installé. Mais il y a plus grave, il y a quelques années de cela, les camionneurs attiraient la sonnette d’alarme pour dire que certains ponts n’avaient pas été construits pour supporter le tonnage des camions qui circulent aujourd’hui. Un d’entre eux montrait du doigt le pont de Saut Sabba sur la Mana.

Quelles sont les dispositions prises par le gouvernement français ?
Elles se résument en peu de choses. Economie et cynisme. Economie parce qu’avec 5 millions d’euros (3,6 pour remplacer les buses et le reste pour réparer la RN2 entre Régina et la Comté) on est loin du compte quand on sait que la DDE Guyane construit des routes sans s’occuper du système d’évacuation des eaux pluviales le long des voies. Cynisme, parce que s’agissant de la RN2, le directeur national des routes a déclaré : « n’oublions pas que c’est une route où il n’y a que 700 véhicules par jour » (France-Guyane, 5,6,7 juin 2004), il a ajouté, toujours selon la même source : « ce qu’il faut, c’est avoir une route qui ne réponde pas forcément au standard national, mais qui est adaptée à son trafic ». En d’autres termes, vous pouvez continuer ainsi avec des routes médiocres. En voilà un qui ne passe pas par quatre chemins. Dans la pratique, nous ne devons pas nous attendre à voir l’état des routes de Guyane s’améliorer de façon significative.

Mais quelle est la réaction de la classe politique guyanaise ? Elle ne dit rien puisqu’il n’y a pas d’enjeu électoral en ce moment. Nous n’avons même pas eu droit à une protestation de principe. Voici en quelques lignes le programme de la France en matière d’aménagement du territoire. Avec de telles routes les touristes seront servis. Mais plus sérieusement, lorsque qu’on fait la somme du désintérêt de l’état dans tous les secteurs qui préoccupent la Guyane, on est en droit de se demander ce qui se passera dans ce pays dans un proche avenir.
Nos anciens disaient : « Plita, pli tris ».