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Gabriel, chef marron amérindien

Nous retraçons ici la chronologie d’une action culturelle d’envergure menée par le MDES. En effet, les élus du MDES avaient demandé à l’assemblée plénière du Conseil Régional en 1998, de constituer une commission pour recenser les lieux publics qui portent le nom d’esclavagistes afin de proposer aux autorités concernées (commune, chambre de Commerce etc.) de les remplacer par des noms de résistants guyanais à l’ordre esclavagiste. La commission ayant fait une fausse couche, le MDES a décidé d’agir...

Le vendredi 22 septembre 2000 le MDES bannit le nom de JUBELIN administrateur de l’ordre esclavagiste et rebaptise cette grande artère de la capitale, Boulevard du chef marron Gabriel. A cette occasion un monument (oeuvre de l’artiste JP TRIVEILLOT) est érigé sur le boulevard GABRIEL en hommage à ce valeureux chef marron, les plaques indiquant le nom de l’artère ont été changées.

Rappel historique
Jean Guillaume JUBELIN était commissaire général de la marine, gouverneur de la Guyane du 1er juin 1829 au 24 avril 1834, puis du 5 mai 1835 au 11 avril 1836. Il représentait la France coloniale et esclavagiste en Guyane, les documents d’archives attestent de son rôle prépondérant concernant tous les actes coloniaux de cette période. Par exemple, le classement au rang “ d’épave ” de certains esclaves de la colonie et surtout les châtiments criminels contre les marrons, c’est à dire les résistants guyanais.

JUBELIN représentait un système atroce et amoral qui causa la perte de millions d’hommes et de femmes. Privés de leur droit, de leur culture, de leur liberté, ces hommes et ces femmes ont subi une aliénation mentale et culturelle dont souffre jusqu’à nos jours, la majorité de leurs descendants. Pour cela son nom doit être banni de notre mémoire.

Le chef GABRIEL est un esclave marron d’origine amérindienne. Placé sous le joug des esclavagistes en 1696 sur l’habitation de Gennes dans la région d’Oyac à Roura, c’est là qu’il participe avec 50 esclaves à l’une des premières révoltes anti-esclavagistes en Guyane. Le chef GABRIEL et ses compagnons de lutte dénonçaient le système. Ils proclamaient leur appartenance à l’humanité. Une vingtaine d’entre eux seront capturés, battus, puis les esclavagistes, selon le Code Noir, vont leur couper le jarret et sectionner leur poing.

En 1706, le Chef GABRIEL réunit dans une même communauté des nègres et des amérindiens avec femmes et enfants. Ils s’organisent dans la forêt et y vivront pendant 6 ans. En 1712 les esclavagistes les attaquent férocement. Quatorze d’entre eux sont capturés puis fouettés. Marqués à la fleur de lys (symbole du royaume de France) on leur coupera les oreilles.

(JPEG) Le reste de la communauté marron continuera de résister sur la montagne Gabriel avec son chef GABRIEL jusqu’en 1730. Les écrits coloniaux donnent très peu de renseignement sur leur organisation et sur leur leader. Cependant, son nom a retenti si fort dans la conscience anti-esclavagiste guyanaise que les habitants de Roura ont dès l’époque baptisé de son nom illustre l’une des montagnes entourant le bourg, la montagne Gabriel.

Par ces faits héroïques, nous rendons hommage au grand chef marron GABRIEL. Longue vie au boulevard du chef marron GABRIEL.

Après la réappropriation de notre histoire, le Maire de la ville de Cayenne adresse un courrier au MDES dont nous livrons aux lecteurs le contenu :

« Mes services municipaux m’informent des actions que vous avez menées ce jour sur le domaine public communal, sans autorisation.

Permettez-moi tout d’abord de vous exprimer tout mon étonnement quant à la soudaineté de telles actions ; pour lesquelles je n’ai pas été informé.

Votre organisation politique jusqu’à ce jour ne m’a fait aucune proposition de dénomination de rues.

Croyez que si tel avait été le cas, elles auraient été instruites par la commission compétente et le conseil municipal se serait prononcé par voie de délibération sur vos propositions.

Quelle que soit la légitimité symbolique d’une telle démarche, vous n’êtes pas sans savoir que le domaine public communal fait l’objet d’une réglementation spécifique pour son utilisation, et il en est de même pour la dénomination des voiries.

En conséquence, je vous demande de prendre toutes les dispositions utiles pour la remise en leur état initial, des modifications et adjonctions opérées sur le domaine public communal.

Il en va de ma responsabilité administrative et pénale.

Sachez néanmoins, que je reste à votre entière disposition pour faire instruire par mes services et présenter au conseil municipal un rapport permettant de faire aboutir vos demandes. Sachant qu’une telle procédure d’adressage relève de la compétence communale.

En espérant que vous comprendrez l’urgence de régulariser une telle situation, compte tenu des responsabilités encourues. Cayenne le 22 septembre 2000. »

Voici la réponse du MDES :

« Monsieur le Maire,

Suite à votre lettre du 22 Septembre 2000, nous avons l’honneur de vous faire savoir que nous avons effectivement procédé à un geste culturel fait ce Vendredi 22 Septembre 2000. Nous avons apposé des plaques et érigé un monument en l’honneur du chef marron GABRIEL dans le but de rebaptiser ce boulevard : Boulevard du chef marron GABRIEL.

Ce geste n’est dirigé ni contre une personne , ni contre une institution. C’est une façon symbolique et culturelle d’agir contre l’aliénation qui frappe notre peuple. Nous vous rappelons que JUBELIN n’était rien d’autre qu’un gouverneur du système esclavagiste qui a durant trois siècles organisé le génocide des amérindiens et la traite négrière. Nous avons sécurisé le monument et balisé l’emplacement.

Nous nous tenons à votre disposition pour une rencontre en vue d’une régularisation ou d’un prolongement de notre initiative dont la portée symbolique ne vous a pas échappé. Cayenne le 25 septembre 2000 ».

En guise de conclusion
Le mardi 26 septembre 2000, les services techniques de la mairie de Cayenne sont venus en catimini, sans tambour ni trompette enlever le monument érigé en la mémoire du chef marron GABRIEL. La municipalité a précisé que l’œuvre de l’artiste n’a pas été détériorée, de plus les plaques indiquant le nom de l’artère ont été enlevées le 02 octobre 2000.

Toutefois, il est important de rappeler que l’un des hauts responsables politiques de la mairie de Cayenne est un éminent historien, alors pourquoi tant de balbutiements dans la reconquête de notre histoire, de notre patrimoine. Décidément les séquelles post-esclavagistes sont difficiles à effacer, aliénation quand tu nous tiens...