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Ponts sur l’APPROUAGUE, sur l’OYAPOCK

RK 142 (Mai 2004)

Vrais envahisseurs, vrais enjeux, vrais risques ? La mise en service du pont sur l’APPROUAGUE, le dernier CIAT (Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire) où il a été question du pont sur l’OYAPOCK sont l’occasion de s’interroger sur l’avenir de cette partie de notre territoire qui même s’il est porteur d’espoir est aujourd’hui lourd de dangers.

L’ouverture du pont fait l’objet de débats sur le péril brésilien qui serait constitué de foules d’immigrés clandestins facteurs de troubles et porteurs d’insécurité. En réalité, si l’ouverture du pont constitue un désenclavement définitif de ST-GEORGES, les habitants de cette bourgade paisible de l’OYAPOCK ont ressenti comme une agression, le débarquement en masse, des « touristes » cayennais venus encombrer, sauvagement, les rues de la cité avec leurs voitures.

Si elle était attendue depuis des décennies, la route, malgré ses aspects positifs, ne manque pas d’inquiéter. Le visiteur a l’impression que ST-GEORGES n’était pas préparée. Il est vrai que les rues n’étaient pas conçues pour recevoir le nombre de véhicules qui arrivent chaque week-end. Le parking prévu à l’entrée du bourg n’est pas terminé et vu son éloignement du fleuve, il sera peut-être négligé par ceux qui, une fois arrivés, traversent immédiatement pour se rendre à OIAPOQUE. Le bourg est devenu un vaste parking et il y a peut ou point de retombées économiques du fait de l’ouverture de la route. En fait, ce sont les cayennais qui sont considérés comme les vrais envahisseurs car ST-GEORGES a toujours entretenu des relations de bon voisinage avec OIAPOQUE sur l’autre rive.
De même, cette dernière depuis le boum de l’or, au début des années 80, a vu sa population passer de 4 000 à 20 000 habitants ce qui n’est pas sans poser problèmes. Ce sont, pour l’essentiel, des originaires des états du CEARA (capitale FORTALEZA) du MARANHÃO (capitale SÃO LUIZ) du PIAUI (capitale TERESINA), qui viennent chercher meilleure fortune dans l’AMAPA et plus particulièrement à OIAPOQUE. Les habitants d’OIAPOQUE, eux-aussi, vivent cette situation comme un envahissement.

(JPEG) Aux yeux des 2 puissances que sont la France et le Brésil, cette frontière constitue la tête de pont de 2 stratégies respectives où les oyapockois et plus généralement les habitants de GUYANE n’ont pas leur mot à dire. Le BRESIL travaille à son expansion par la création d’infrastructures dans la zone, en favorisant le peuplement, et en cherchant à terme, à développer des marchés régionaux.
Pour l’EUROPE, cette zone est la porte d’entrée en AMERIQUE DU SUD afin de favoriser les échanges avec le MERCOSUR (marché commun des pays d’AMERIQUE DU SUD où le BRESIL et l’ARGENTINE en proie à des difficultés, ont le leadership). Léon BERTRAND, télégraphiste du gouvernement, l’a confirmé sans pudeur à l’issue du CIAT.
Pourtant le pont sur l’OYAPOCK est loin de faire l’unanimité. Il risque d’accentuer les déséquilibres qui se font jour dans la zone. Pour les guyanais, l’intérêt va pour des routes permettant d’accéder à l’intérieur du pays et de désenclaver des communes. Dans ces grands projets, où est l’intérêt de la GUYANE ? Comment est-il défendu ? Ce qui est sûr c’est que plusieurs aspects négatifs de la question émergent faute d’anticipation et peut-être faute d’une vraie réflexion sur l’aménagement du territoire. A OIAPOQUE les prix augmentent du fait de l’arrivée de nouveaux clients avec un pouvoir d’achat en euros (1 Euro=3,15 Réals). Les OIAPOQUENSES qui ne sont pas propriétaires de commerces subissent le contrecoup. Avec l’appauvrissement, des dérives apparaissent ou s’intensifient, par exemple, la prostitution, les trafics (entre autres la drogue). Le tourisme sexuel pointe son nez. Bref, c’est toute la vallée de l’OYAPOCK qui est déstabilisée.

Les alertes sur la contrebande et l’aspect sanitaire des produits sont réelles mais la réactivité des opérateurs brésiliens est telle qu’ils sauront se mettre aux normes et attaquer les maigres marchés que nous maîtrisons encore péniblement. Ainsi, ce n’est pas moins de 21 têtes de bétail qui sont abattues 3 fois par semaine. A OIAPOQUE, l’hôtel PARIS offre pour 20 euros par nuitée, des chambres tout confort, le personnel parle français et la cuisine est européenne. Pour les fêtes de fin d’année, OIAPOQUE et MACAPA étaient guyanaises. Des centaines de véhicules (plus de 200 pour le week-end de Noël) ont traversé le fleuve sur un bac propriété d’un brésilien !...Un opérateur guyanais tente en vain de faire fonctionner une barge.
Se lamenter ne sert à rien et surtout, ne fait pas disparaître le danger. Le risque de déstabilisation ne peut-être contenu que si l’échelon local participe à la prise de décision. L’axe BRASILIA-PARIS voire BRUXELLES déstabilise des millions de personnes car les états de l’AMAPA, du PARA, le NORDESTE et la GUYANE sont concernés.