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RK 141 (Avril 2004)
Le 2 mars dernier, les familles des victimes de la catastrophe de Cabassou et leurs avocats lançaient une procédure en citation directe à l’encontre des préfets DARTOUT, VIAN et MASSE.
L’ancien directeur de la DDE Gérard JUSTINIANY, un subdivisionnaire Roger HALGAND ainsi que l’ancien directeur du BRGM Jean-Pierre COMTE étaient également cités. Par cette procédure dite de « citation directe » les familles des victimes de la catastrophe de Cabassou tentent de relancer ce que toute la Guyane a tant attendu depuis avril 2000 : un procès digne de ce nom et l’établissement des responsabilités.
Vers un véritable procès ?
Le tribunal a fixé l’audience où comparaîtront les précités au 2 novembre prochain, moyennant une somme de consignation de 800 € par partie civile à payer avant le 30 avril 2004. En clair, c’est à partir de cette date, et ce pendant quinze jours, que les responsables de la préfecture, DDE et BRGM auront à s’expliquer sur la catastrophe. Cette somme a priori peut paraître abordable pour que la citation déposée par les parties civiles soit recevable. Mais en réalité, pour une famille de victime qui compte 5 membres par exemple, le montant à payer pour que la procédure soit validée revient à 4000 €. C’est peu dire que se dresse déjà un premier obstacle, financier, à la bonne marche vers un procès, rappelons-le, étouffé dans l’œuf en mai 2002 par un non-lieu scandaleux rendu par le juge d’instruction. Et ce, malgré les témoignages versés au dossier ainsi que les conclusions des experts indépendants (disponibles sur www.mdes.org) qui mettaient en lumière la responsabilité des pouvoirs publics comme la préfecture et la DDE. Il importe dès lors, de s’attendre à tout, même le jour de l’audience présumée du 2 novembre.
En effet, dès le 2 mars, un des avocats des personnes citées a voulu faire annuler la procédure en citation en se référant au non-lieu de mai 2002. Avant d’en venir au fond de l’affaire, donc pour éviter que les préfets et autres responsables aient à s’expliquer, il est clair que leurs avocats tenteront par tous les moyens d’annuler la procédure engagée. La solidarité des guyanaises et guyanais doit prendre tout son sens, à commencer par celle financière avec les familles des victimes. Ti kanno pa janmen tròp, alors n’hésitez pas à faire un geste pour la cause.
Du côté du site...
En attendant ce règlement judiciaire, des changements s’annoncent pour les familles riveraines du site de Cabassou. En effet, après la remise en fonction du téléphone, c’est au tour de l’électricité de refaire son apparition comme avant le 19 avril 2000. EDF a assuré que ce serait chose faite dans le courant de ce mois. Voilà donc enfin une bonne nouvelle pour ces familles qui, rappelons-le ont décidé, contre vents et marées de retourner vivre sur leurs terres après la catastrophe. Cette prise de position courageuse et de résistance finit par payer puisque la Préfecture a modifié l’arrêté d’interdiction du site de Cabassou, permettant enfin aux familles de continuer à vivre dans des conditions normales.
Quel bel exemple de lutte et de dignité de ces familles guyanaises !
On ne peut pas en dire autant des responsables politiques locaux traditionnels. En effet, la situation des familles sinistrées de Cabassou aurait pu être réglée bien avant si ces élus locaux comme le président de Région avaient pris leurs responsabilités face à l’état. En effet, lors d’une réunion fin juin 2002 à l’initiative du Collectif pour la réouverture de la RN3 (*) qui s’est tenue à la Mairie de Rémire-Montjoly, les présidents des deux collectivités majeures s’étaient engagés, sur proposition du Collectif, de financer en commun une étude sur les moyens de sécurisation de la colline de Cabassou afin de soumettre à l’état un projet de réhabilitation du site et couper court aux arguments de la DDE. « Paròl an bouch pa charj », et c’est bien la détermination et la combativité des familles de Cabassou qui leur aura permit d’être réhabilitées sur leurs terres. Rappelons seulement, que c’est bien Antoine Karam qui, le premier s’est empressé sur les médias juste après la catastrophe du 19 avril 2000 de déclarer que celle-ci était « d’origine naturelle ».
Tout le monde sait que ce n’est pas le cas.
 (*)Arrêté préfectoral modifié redéfinissant la « zone interdite » avec une exception pour la présence des familles sur le site de Cabassou
Aussi on est en droit de se demander, si au sortir des élections régionales de mars dernier, bien que fort de plus de 11 000 voix, le PSG et Antoine Karam seront à même de relever les défis qui s’imposent à la Guyane et qui de facto, opposent les intérêts de la Guyane à ceux, colonialistes de la France, sur des dossiers tels que le Parc du Sud, nos richesses naturelles et minières, notre pétrole, la rétrocession de la terre, le désenclavement, l’université, l’évolution statutaire, etc...
Pour ce qui concerne Ròt Kozé, les exemples d’allégeance et de soumission des élus traditionnels en place envers le pouvoir Parisien sont suffisamment nombreux pour que nous y voyions une embellie dans l’avenir des guyanais... . 11.000 voix c’est bien, mais la volonté, la détermination et le courage politique dans un pays sous domination coloniale avouez que c’est plus rare chez les élus traditionnels en place.
Sur le même sujet :
L ’Affaire Cabassou
Extraits du rapport accablant des experts indépendants
La catastrophe de Cabassou : une affaire de mensonges d’état
Désobéissance civique
RN3 CABASSOU : la route est déblayée !!
Catastrophe de Cabassou 19 avril 2000 : Chronique d’une catastrophe annoncée
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