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Pathologies du colonisé dans l’aliénation
De l’autophobie à la xénophobie

Ròt Kozé n° 129 (Février/Mars 2002)

Ibo
Ibo est l’ethnonyme de nations africaines originaires du delta du fleuve Niger, Nigeria actuel ; nombre d’Ibo du XVème au XIXème siècle (y compris après abolition de la traite) furent déportés d’Afrique et répartis dans quasiment toutes les contrées américaines colonies d’Europe, où l’univers concentrationnaire esclavagiste avait cours. Des Ibo donc en Guadeloupe, des Ibo en Guyane, en Haïti, en Martinique, en Dominique, en Jamaïque, à Grenade, Trinidad, aux USA, à Cuba, au Brésil,...

II est un Iwa du vaudou haïtien dénommé Ibo lelé consacré à la protection des couleurs et drapeaux des nations. Est-il encore le fait du hasard, si Medard ARIBO (nom issu de l’ethnonyme Ibo) condamné au bagne de Guyane suite à la fusillade du Diamant où des gendarmes français ont assassinés des martiniquais, une fois de retour en Martinique nous a construit une petite maisonnée en guise de message face au rocher du Diamant, là où périrent centaines d’Ibo captifs d’un navire négrier coulé en 1832 (après l’abolition de la traite). Le conseil colonial de Martinique avait lui aussi décidé de déporter de nouveau les quelques Ibo survivants au naufrage vers la Guyane d’où ils ne sont contrairement à Medard ARIBO jamais revenus.

Eclairage de l’histoire
« L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé. Mais, il n’est peut être pas moins vain de s’épuiser à comprendre le passé, si l’on ne sait rien du présent. ». Citation de Marc BLOCH. Avant 1794-1804, il n’existait ni haïtiens, ni guadeloupéens, ni martiniquais, ni dominicains, ni Saint-luciens, ni guyanais, mais singulièrement un peuple noir déporté de nations d’Afrique vers les Amériques sous le joug de diverses puissances esclavagistes européennes.

Ainsi BOUKMAN, est t-il né esclave en Jamaïque et s’est-il retrouvé dans la rébellion anti-esclavagiste finale en terre de Saint Domingue (ancienne Haïti des amérindiens et futur Haïti de la première république américaine).

KINA né esclave à Saint Domingue, et rebelle anti-esclavagiste en Martinique, CHRISTOPHE est t-il né esclave à Grenade, et dirigeant de l’Etat d’Haïti ; DELGRES né en Martinique et combattant antiescla­vagiste mort à Matouba en 1802 face aux troupes françaises de Napoléon venus rétablir l’esclavage. Des rebelles, combattants de la liberté, nés dans diverses îles de notre Caraïbe rejoignirent en nombre Haïti durant la guerre pour la destruction du système esclavagiste, avant et après l’indépendance en 1804. Aussi, la constitution haïtienne a t-elle prévue la possibilité pour tout homme noir victime de l’esclavage de passer les frontières de l’Etat haïtien sans papier et d’adopter la nationalité haïtienne. DESALINES ter chef d’Etat haïtien équipa des navires pour tenter de venir délivrer les frères de Guadeloupe et de Martinique du joug esclavagiste. PETION autre chef d’Etat haïtien a secouru et aidé BOLIVAR dans son combat contre la colonisation espagnole en lui recommandant de supprimer l’esclavage.

II y a donc concernant la guerre contre l’esclavage, une unité historique caribéenne américaine. L’histoire d’Haïti, de la Guadeloupe, de la Dominique, de la Martinique, de Sainte Lucie, de Trinidad, de la Guyane, se confond en une seule histoire. C’est notre histoire commune de caribéens d’origines africaines, alliés aux amérindiens, qui fonde notre destin commun. Cette histoire est déportations humaines d’Afrique vers les Amériques, puis migrations intra caribéennes.

Caribéens américains : Haïtiens, Guadeloupéens, Dominicains, Martiniquais, Saint-Luciens, Guyanais, milliers de Cubains, parlons une même langue internationale dite kréyol, dansons et aimons les mêmes musiques. II nous faut alors cesser, comme le souhaitent les colonialistes français, d’exclure Haïti de notre histoire, voire ne pas accepter que l’histoire coloniale française cherche à ignorer Haïti.

L’éclairage de Frantz FANON
Le déficit de connaissance historique, l’ignorance du passé, les conséquences du crime esclavagiste, les confusions assimilationnistes générés par le colonialisme rendent possibles toutes sortes de manipulations mentales chez des colonises souvent victimes de pathologies dans l’aliénation.

Ainsi le fascisme européen étend t-il ses oeuvres dans nos pays colonies et sociétés post esclavagiste. Le psychiatre Frantz FANON nous décrit le processus de l’auto dénigrement du colonisé victime en permanence du racisme du colon. De l’autophobie, puis de la xénophobie (peur et haine de l’étranger de nationalité différente), de la violence du colonisé dirigé dans un premier temps contre lui-même, contre sa part la plus faible.

Ainsi la part la plus faible de nous autres martiniquais guadeloupéens, guyanais, victimes directes du racisme du colon français en ces temps d’oppression européenne, n’est t-elle pas l’haïtien ou encore l’africain qui sommeille eh nous. La phobie du destin naturel et commun caribéen évoqué plus avant se manifeste au moment où la France et l’Europe mettent le paquet dans leur politique zombificatrice. Nous distinguons alors quelques nuances quant à la différence de traitements des cas Ibo Simon, Fatna, et autres fascistes autophobes (s’attaquant à ceux de même "race" que soi même), xénophobes, comparés à leurs maîtres à penser, fascistes, colonialistes, racistes, xénophobes.

Le racisme supposant l’idée fausse d’existence de plusieurs "races" (et non de nations), puis de la supériorité d’une "race" sur une autre.

Ainsi sommes nous amenés à imaginer justice en préconisant des traitements psychiatriques pour les autophobes manipulés et instrumentalisés, et incarcérations pure et simple en centre pénitencier pour les maîtres à penser racistes, fascistes, colonialistes, non autophobes.

TV Moun Matinik et "anal 10" en Guadeloupe : les deux mesures de l’Etat colonialiste français !
1994 : Une télévision émet sans autorisation du CSA français depuis plusieurs mois sur le territoire de la Guadeloupe, deux axes phares de ses programmes, la pornographie d’où le nom d’anal 10, et les discours distillés par Ibo Simon. Cette télévision "anal" 10 en Guadeloupe n’est point inquiétée par les autorités françaises.

Ibo Simon se trouvera élu régional et municipal bien entendu grâce au puissant moyen de communication que représente une télévision.

En cette même année 1994, TV Moun Matinik émet sans autorisation du CSA français, des essais sont réalisés ; un aperçu des programmes diffusé par TV Moun Matinik : "L’aube Noire" dessins animés réalisé par des artistes haïtiens racontant l’histoire de l’esclavage, la révolution antiesclavagiste, et l’indépendance d’Haïti. Des documents sur la réalité de l’apar­theid en Afrique du Sud sont aussi diffusés.

Le 21 septembre à l’aube l’armée française détruit les. studios de TV Moun Matinik à Sainte Anne, porte atteinte a l’intégrité physique du Maire de la commu­ne de Sainte Anne, saisi la quasi-totalité du matériel TV.

Nous concluons que l’Etat français se trouve être complice des puissances fascistes qui manipulent et financent la télévision où sévit l’autophobe Ibo Simon.

A force de se prétendre français et européen ! A force de prétendus "départements, métropole" !

L’argumentaire des garants de la prétendue départementalisation dans le cadre républicain français et européen est friand d’éléments probants pour démontrer combien le discours assimilationniste de politiciens "domiennisés" mènent droit vers l’autophobie, xénophobie, et la division entre caribéens.

Combien sont-ils à menacer en cas d’indépendance de devenir comme Haïti ; à dénoncer d’un ton péremptoire toute manifestation culturelle haïtienne en la qualifiant de vaudouisante ; à se croire supérieur grâce aux vitrines de la France en place en Martinique, Guadeloupe et Guyane : hôpitaux, centres commerciaux, routes, voitures, champagne. A vanter l’abondance d’importations comme une chance et à longueur de journée se convaincre que les autres sont jaloux de nous grâce à maman France, et que c’est pour cela qu’ils viennent ici.

Tous ces discours divisent notre être caribéen au profit de l’envahissement européen. Les partisans d’un pseudo statut départemental dans la France et dans l’Europe sont donc des Ibo Simon en puissance. 11 est une logique de cette campagne française d’européanisation dans notre Caraïbe qui vise à tenter d’éliminer toute présence haïtienne, toute référence à la réalité et au symbole que représente Haïti ; Le cas de Saint Martin est éloquent en la matière, on a bien vu l’Etat français dans ses oeuvres en profitant d’un cyclone pour raser, brûler, des maisons où résidaient des Haïtiens, opérer des transports par avions militaires sous escortes de gendarmes vers Port au Prince. Bref, favoriser le repeuplement de Saint Martin avec des populations de non caribéens, d’origines européennes.

A force donc de se prétendre français et européen, il y a logiquement chez le colonisé un effacement du caribéen américain guadeloupéen, martiniquais, guyanais. Les haïtiens et autres caribéens sont là comme dans notre miroir face à nous-mêmes pour nous rappeler nos identités véritables, c’est bien en ce sens qu’il existe une autophobie qui forcément dérive vers une xénophobie inter-caribéenne. Auto dénigrement et reniement de l’africain américain généré par le colon européen depuis l’esclavage, autophobie et xénophobie de ceux, majoritairement d’origines africaines qui considèrent pathologique­ment l’Europe et la France comme leur métropole (Patrie mère). Diviser la Caraïbe pour mieux régner, telle est la politique globale franco-européenne qui instrumentalise nos pays et peuples de Guadeloupe, Martinique et Guyane à leur profit.

L’unité caribéenne se comprend dans l’exigence de la décolonisation, de la réparation vis à vis de l’ensemble des peuples Caribéens, des souverainetés d’Etats guadeloupéen, Martiniquais, et Guyanais.

MatiniKarayib le 26/01/2002
Médju M’KBA.