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Une manifestation organisée à l’occasion du décès du
Gouverneur Général Félix ÉBOUÉ au cimetière de Cayenne.
La mort du gouverneur général Félix ÉBOUÉ est annoncée officieusement le 17 mai 1944 vers 19 heures par un commerçant qui l’avait entendu à la radio.
Cette nouvelle s’est rapidement répandue dans la ville de Cayenne. C’est le lendemain 18 mai 1944 que radio Brazzaville la confirme. Le même jour le curé de Cayenne Monseigneur Gourtay, contacté, n’a pas jugé utile de procéder dans l’immédiat à une cérémonie religieuse. En tout cas, le 20 mai à 9 heures un dépôt de gerbe est organisé au cimetière devant le monument aux morts. Après l’allocution du représentant des anciens élèves de l’école coloniale et du gouverneur Jean RAPENNE, CLARKE s’avance et prend la parole. Dans un discours véhément il prend à parti le gouverneur.
Il lui reproche la mise en berne tardive du drapeau du gouvernement ce qui signifie un manque de respect pour la mémoire d’Éboué et un mépris pour les nègres. Cette intervention provoque la confusion totale et des bourgeois de la place interviennent afin de le faire taire.
Le Maire de Cayenne CHARLERY, le Président du Comité du ralliement et des notabilités s’empressent de faire des excuses au gouverneur. Le même jour, plainte est portée contre CLARKE. Il est arrêté à 11 heures et trente minutes. Après être présenté au juge d’instruction, vers 12 heures, le nommé CLARKE est informé de sa mise sous écrou.
Un groupe évalué à 200 personnes s’y oppose et entoure le commissariat. La troupe et une section de tirailleurs sénégalais sont requis. Ces derniers reçoivent une grêlée de pierres et de tessons de bouteilles. Les tirailleurs sénégalais se sont dégagés à coups de crosse et ont tiré sans sommation, trois coups de mousqueton.
La foule s’est dispersée. Tout en continuant la pression, elle prend à partie le substitut du Procureur et lui lance une volée de pierres.
Le lendemain, le gouverneur déclare que la manifestation est le résultat des calculs du mouvement « Combat ». Que le mouvement Combat a alerté la population en affirmant que le Gouverneur général Eboué a été empoisonné parce que noir et qu’un nègre Gouverneur Général ne pouvait que froisser, d’autant qu’un homme de couleur premier résistant français reste pour certains coloniaux choquant. Ensuite que la manifestation de « Combat » était anti-blanc.
Suite à ces évènements, le Président du mouvement Combat Auguste HORTH, envoie une dépêche télégraphique à Albert DARNAL, délégué de la Guyane à l’Assemblée consultative. Ce télégramme est intercepté par le contrôle postal parce que selon le gouverneur il est de nature à nuire au prestige français à l’étranger.
Le Tribunal correctionnel condamne CLARKE le 5 Août 1944 à un an d’emprisonnement. Il n’en subit que six mois et a bénéficié de la libération conditionnelle le 20 novembre 1944.
Qui était CLARKE ?
Charles Emmanuel CLARKE est né à Cayenne de parent Saint-Lucien le 25 décembre 1922. L’administration coloniale le définit comme un agitateur professionnel qui a pris pour habitude d’inscrire sur un tableau noir ses opinions. Par exemple le 5 mai 1944, il écrit :
COMBAT-COMBATTANTS-COMBATTRONT
Hier soir « Combat » a inauguré la salle de ses réunions. Leur nombre est impressionnant et donne le frisson à ses ennemis. On dit que son action est imminente et décisive pour libérer la Guyane des vermines qui se sont abattues depuis après le 16 mars 1943. On dit que ce plan est parallèle à l’invasion du continent par les alliés. Bravo Combat, le peuple Guyanais est avec toi.
Signé Ch CLARKE.
Il est établi à Cayenne, 4 rue Molé ou il exerce la profession de coiffeur commerçant.
LE MOUVEMENT COMBAT
C’est Albert DARNAL qui pousse officiellement à la création du mouvement COMBAT. Ce groupe dont le siège social est à Alger, reconnu par le gouvernement légal comme constituant une association groupant les Républicains qui adhèrent aux principes de la France combattante, a des buts positifs. Mais, en Guyane l’administration la considère comme un pur mouvement politique. Elle déclare d’ailleurs que cette section s’associe ouvertement avec tous les mécontents, tous les aigris, tous les partisans d’une activité anti- administrative.
En allant plus loin les rapports adressés au gouverneur indiquent qu’au cours des réunions ou conférences la question « raciale » est souvent soulevée. L’assemblée constituante de ce mouvement est organisée le 15 janvier 1944. Elle est composée à son début de 44 membres. Son président était Auguste HORTH.
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