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Ròt Kozé n° 129 (Février/Mars 2002)
La pluie a empêché, durant le mois de février et une partie du mois de mars, le collectif pour la réouverture de la RN3 Cabassou d’effectuer son grand mayouri pour le déblaiement de cette route.
Mais cette action citoyenne de désobéissance civique a été accomplie tout de même, avec brio, par la population guyanaise sous l’égide du collectif.
Une campagne de désinformation de la préfecture, largement véhiculée par RFO Guyane, sur les risques d’éboulement encourus par tous travaux de terrassement sur la zone du mont Cabassou a tenté de dissuader la population à participer à ce mayouri. Notamment, une note de service de la. DDE du 25 février 2002 référencée 2002-008/Direction à l’attention de ses employés expliquant la politique entreprise par la DDE sur le dossier de la RN3 Cabassou afin que les agents de ce service public relaient cette position au niveau de la population locale.
Malgré cette falsification licite de la vérité, le déblaiement de la RN3 Cabassou a commencé depuis le samedi 23 mars 2002. Après six jours de travail intensif, plus de 50 % de la terre a été enlevé grâce à la volonté de certains entrepreneurs de travaux publics, aux camionneurs et à la présence permanente de la population et du collectif sur le site du mont Cabassou.
La dignité guyanaise est en train de triompher de l’ignominie des représentants de l’état français en Guyane, ces derniers ont poussé l’opprobre jusqu’à suivre les camionneurs afin de les interpeller à leur domicile le matin du mercredi 27 mars 2002 ainsi que certains entrepreneurs de travaux publics qui avaient mis à la disposition du collectif leurs engins de terrassement. Les gendarmes accusent les camionneurs de vol de terre !
De plus, les représentants de l’ordre ont signifié aux entrepreneurs qu’ils n’avaient pas le droit de venir sur le site du Mont Cabassou et que le parquet de Cayenne leur ordonnait le retrait immédiat de leurs engins sur le site.
Une fois de plus, le pouvoir colonial français frappe des citoyens qui prennent leur responsabilité face au laxisme et au mépris de l’appareil d’état français. Ces manœuvres d’intimidations grossières sont intolérables, le collectif continuera son travail de rétablissement de la RN3 et de la vérité.
Le préfet de Guyane, en s’attaquant aux professionnels du terrassement essaie de saboter le travail minutieux de conscientisation entrepris par le collectif, car sans engins de terrassement pas de déblaiement...
L’avancement des travaux à une vitesse insoupçonnée sur le site met à mal l’argumentaire de la DDE et du BRGM concernant les risques d’éboulement, sur le délai de faisabilité du déblaiement et de la sécurisation de la RN3 qui a été évalué entre 5 et 6 ans minimums par ces mêmes services.
Par conséquent, la préfecture sous la menace d’un désaveu public, utilise tous les moyens pour arrêter la progression du travail du collectif sur le site du mont Cabassou. Mensonges, diffamation, menace de poursuites judiciaires, tout est fait pour décourager les professionnels et la population à adhérer à l’action du collectif. Ainsi, l’accusation de vol de terre est infondée car la terre obstruant la RN3 Cabassou est sur le domaine public, donc appartient à la population guyanaise qui en enlevant cet amas de terre sur cette voie de grande circulation desservant le principal port de commerce de la Guyane établit un acte citoyen. Ce qui n’est pas le cas de l’état français dans cette affaire. Toutefois, la préfecture persiste dans sa démarche antidémocratique, le mardi 2 avril 2002 les gendarmes ont établi un cordon de police aux deux extrémités du site, empêchant le collectif de continuer son travail. Quelle ironie, l’état réduisant au chômage technique un collectif qui s’est octroyé des prérogatives étatiques.
Les manœuvres de la préfecture n’ont pas entamé la volonté du collectif à démontrer que le déblaiement de la RN3 Cabassou est possible et réalisable. IL ne reste que 50 mètres de route à dégager afin que la population guyanaise découvre la supercherie de la préfecture car les travaux de remblaiement du pripri ou doit passer la nouvelle déviation ont repris le mardi 26 mars 2002.
Cependant, l’action du collectif met en évidence la désobéissance civique de la population pour une cause juste. lis ont bravé les différentes interdictions des arrêtés municipal et préfectoral ; Ils ont donc enfreint la loi en se rendant massivement sur le site interdit de Cabassou.
Cependant, il faut que chacun prenne la mesure de ces actes de désobéissance qui propulse la conscience guyanaise plus haut et qui pose objectivement la question du rapport de force entre la volonté populaire guyanaise et celle de l’administration française.
Un autre aspect de la mobilisation pour la réouverture de la RN3 Cabassou doit être souligné, c’est le fait que cette fois-ci, il ne s’agissait pas de barrer là route, de bloquer la circulation, d’occuper un bâtiment public pour exiger que les autorités françaises agissent conformément aux intérêts des guyanais. La population de Guyane, mobilisée, a tout simplement mis de côté la préfecture et ses services pour faire à leur place. Au nom des morts de la catastrophe et pour leur mémoire, les habitants ont décidé de passer à l’acte. Parce que la préfecture ne respecte pas les délibérations des élus de Guyane, les citoyens ont pris position, armés de pelles et de pioches, aidés de quelques machines, ils ont montré une autre forme de lutte revendicative, celle de l’action positive de soi-même.
L’état français ne veut pas déblayer la route qui relie le port à la ville de Cayenne, nous, habitant de ce pays, nous avons commencé à le faire.
Et nous continuerons.
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