Retour sur MDES Guyane
Recommandez ce site à vos amis:

www.mdes.org
Ròt Kozé
Dossiers  |  Collectivités  |  Ròt Kozé  |  La Guyane  |  Le MDES  |  International  |  Liens & bibliographie
A kondélé lé lwi pwunal ata aniabo amko
Efi yu lobi yu konde yepi en fu a go anga fesi
To kontan to péyi, bay li roun lanmen

Dossiers
Le scandale de Cabassou
Collectivités
Ròt Kozé
Articles de Ròt Kozé
La Guyane
Histoire
Esclavage
Culture & Tradition
Le MDES
Notre philosophie
International
Guadeloupe
Martinique
Liens & bibliographie
Bibliographie

English version
Kréyòl nou péyi

MDES Cayenne
MDES Matoury
MDES St Laurent
MDES Paris
Webmaster



Visiteurs connectés : 1

 

Parc du Sud, les enjeux cachés

Notez cet article :
RK 142 (Mai 2004)

Question foncière, reconnaissance de communautés autochtones, droit de propriétés des communautés, protection des savoirs et des savoir-faire, application de la convention de WASHINGTON sur les espèces protégées... Autant de questions fondamentales quant à la création d’un parc de 3 millions d’hectares soit plus du tiers de la GUYANE, que les autorités prennent bien soin d’ignorer et que les médias n’abordent pas.

Première partie d’un dossier à suivre.

Sur ces thématiques et sur d’autres, Rot Kozé se propose d’ouvrir un vrai débat en donnant un maximum d’éléments à la population et tenter de démystifier et démythifier la question environnementale en Guyane.

Ainsi, le rapprochement entre SANOFI-SYNTHELABO et AVENTIS pour créer le 3e groupe pharmaceutique mondial correspond à des stratégies de groupe qui ne sont pas sans conséquence pour le quotidien des populations. Nous reproduisons, traduit de l’espagnol, un extrait d’un article écrit par Silvia RIBEIRO et publié dans le numéro 381 du 20 février 2004 de la revue de l’agence AMERICA LATINA EN MOVIMENTO

Paysans, biodiversité et nouvelles formes de privatisation
Depuis des milliers d’années et dans le monde entier, les bases de la subsistance de l’humanité se sont appuyées sur les processus de connaissance du milieu d’adaptation, la disponibilité et la création de ressources pour l’alimentation, le logement, les usages médicinaux, les vêtements, les usages esthétiques et autres, que les membres de diverses cultures locales (Indigènes, campagnardes, bergères, pêcheuses, habitantes des forêts) ont réalisé pour leur survie, léguant ainsi cette connaissance et la possibilité d’utiliser ces ressources à toute l’humanité. Cela a toujours été un processus collectif, ouvert et de libre échange, sauf certaines restrictions quant à des connaissances "sacrées" ou rituelles ; mais là encore, elles peuvent être considérées comme collectives et publiques du fait des fonctions de ces connaisseurs spécialisés - chamans, guérisseuses, etc. qui ont des rôles sociaux. Ce flux libre de connaissances et de ressources a permis son accumulation collective et son enrichissement permanent.

La diversité biologique et la diversité culturelle se nourrissent mutuellement. Ce n’est pas le fait du hasard, ça en est la cause. Les aires de plus grande diversité sur la planète, bien qu’elles doivent leur diversité à leurs caractéristiques géo-climatiques, ont aussi été très tôt utilisées par les communautés indigènes qui les occupaient (ou qui les occupent encore) avec précaution et en augmentant cette diversité. Les études récentes sur l’Amazonie, la zone de la planète la plus riche en biodiversité, indiquent que, "plus que n’importe quel autre facteur, ce qui explique la présence de beaucoup de types végétaux qui ont permis la spécialisation des habitats est justement la domestication d’espèces et des paysages de la part des Indiens. En d’autres termes, les pratiques historiques de domestication ont pu aboutir à des phénomènes de créations d’espèces plus rapides et plus intenses qu’ils ne l’auraient été sans l’intervention de l’homme. »

Depuis que les êtres humains (fondamentalement les femmes) ont commencé à collecter et planter des graines pour les cultiver en donnant ainsi lieu à l’agriculture, il s’est écoulé plus de 12 000 ans d’adaptations et de sélections successives opérées par les paysans et les paysannes du monde entier. Ils ont créé des espèces agricoles qui n’existaient pas en les rendant comestibles, par exemple le maïs, la tomate, le manioc, le riz et en général, toutes les cultures alimentaires telles que nous les connaissons de nos jours. Ce processus a été accompagné de la domestication d’animaux pour des raisons alimentaires, productives et sociales. Jusqu’au développement de l’agriculture industrielle, il n’existait pas de séparation définie entre l’utilisation de la diversité sauvage et celle domestiquée ou cultivée ; L’une s’appuyait sur l’autre et les deux interagissaient. Dans la plupart des endroits où l‘agriculture traditionnelle existe, ce processus se poursuit. Les paysans et les agriculteurs de petite échelle ne travaillent pas seuls dans une parcelle cultivée, mais utilisent tout l’écosystème environnant, avec des interventions directes ou indirectes (par exemple par le biais de collectes dans le milieu ou en favorisant les interactions entre les cultures de différentes herbes, plantes, arbres, insectes, oiseaux, et autres animaux.).Ils utilisent aussi les multiples ressources de la forêt pour compléter leur alimentation et satisfaire d’autres besoins.

La diversité culturelle interagit ainsi sous forme dynamique avec la diversité biologique, comme la diversité agricole et cultivée avec la diversité sauvage, dans un continuum réciproque où tous les facteurs sont alimentés et se nourrissent entre eux. Ceci explique que les zones de plus grande biodiversité sur la planète coïncident avec les zones de plus grande diversité culturelle.

La diversité est un élément fondamental de tous les systèmes vivants pour obtenir leur stabilité comme système et par conséquent leur durabilité. Les Paysans ne produisent pas plus de diversité pour des raisons idéologique ou par principe, mais pour obtenir la meilleure adaptation (et par conséquent, le meilleur profit) dans les conditions dans lesquelles ils se trouvent. Ainsi, ils vont développer et cultiver simultanément, différentes cultures (et différentes variétés de chaque culture) selon la saison et le lieu. Ils ne plantent pas tout de la même variété, puisque quelques-unes sont meilleures pour être conservées longtemps, d’autres pour être consommées fraîches, d’autres résistent mieux à la sécheresse, la pluie ou de maladies déterminées, d’autres s’adaptent mieux à différents mets ou pour des usages médicinaux, ont meilleur goût, et plus de qualités par rapport à une autre. Dans chaque récolte ils sélectionnent les semences qui correspondent le mieux à leurs objectifs et recommencent à les planter, seules ou croisées avec d’autres, expérimentant et développant ainsi des cultures locales adaptées à chaque famille, et créant une base de ressources pour eux-mêmes, et en créant une énorme diversité. Pour toutes ces raisons, la diversité est indissolublement liée à la petite échelle et a des acteurs : les indigènes, les habitants des forêts, les paysans, les éleveurs et les pêcheurs à petite échelle.

Même si chaque famille, communauté et peuple ont des ressources déterminées et des semences qui font partie de leur culture et identité, l’échange a toujours été un élément présent, auquel il ne faut pas seulement donner des contenus pratiques et matériels, mais aussi sociaux, religieux, culturels. Par exemple, dans beaucoup de cultures indigènes, la dot de mariage est la livraison de semences d’une famille à l’autre, il est très commun que les paysans partagent leurs semences comme cadeaux etc.

Ces processus n’appartiennent pas au passé, bien qu’ils soient fortement menacés par la grave érosion génétique et culturelle produite, entre autres causes, par l’avance de la Révolution Verte avec l’agriculture industrielle chimique et mécanisée, l’orientation agro-exportatrice qui s’impose aux économies du Sud, la concentration de la terre et la dépossession des paysans qui s’en suit. Cependant, le processus de création de diversité agricole reste présent, dans une plus ou moins grande mesure sur 60% des terrains en culture dans le monde, surfaces qui sont utilisées par des paysans traditionnels. Presque la totalité de ceux-ci se trouvent sur des terrains marginaux où ils ont été repoussés par les successives vagues d’occupation de la part des puissants, depuis les seigneurs coloniaux, avec leurs plantations de monocultures de sucre, café, rotin, etcetera, jusqu’aux latifundia actuels et les grandes fermes agro-exportatrices. Les politiques de la Banque Mondiale, depuis les programmes d’ajustement structurel jusqu’aux politiques agricoles et de « reforme agraire » ont été le soutien des grands capitaux agricoles dans ce processus d’érosion et de dépossession.

Actuellement, les êtres humains utilisent à peu près 70% des écosystèmes tropicaux et tempérés pour produire 98% des aliments et produits du bois. Seulement 5% de l’aire tropicale et tempérée de la planète serait inhabitée et non utilisée. Malgré les processus de « modernisation » on estime que la population rurale du Tiers Monde dépend des ressources biologiques pour satisfaire jusqu’à 90% de ses besoins, que 60% de la population mondiale dépend essentiellement de l’autosubsistance pour son alimentation et que 80% de cette population fait usage de plantes médicinales pour se soigner.

Approximativement la moitié de la population mondiale, 3 milliards de personnes, se consacre à l’agriculture. Selon la FAO, la moitié de celles-ci utilisent des semences qui proviennent de leurs propres récoltes comme source principale de semences.

Des Paysans au monde : l’interdépendance génétique
Historiquement, le processus d’échange et de création de semence et de diversité agricole par les campagnards et les campagnardes n’a pas été seulement local, mais a couvert des surfaces très étendues. Mais, ce furent les expéditions et le processus de conquête qui mondialisa la chose. Actuellement, toutes les nations du monde sont interdépendantes en matière de ressources génétiques agricoles. Bien que ce que l’on appelle centres d’origine des cultures se trouvent en grande majorité en Amérique latine, en Afrique et en Asie, et que dans ces continents, on trouve environ 80% des ressources biologiques de la planète, à cause des processus d’échange, de l’acculturation de la transculturation, aucun pays n’est actuellement « autosuffisant » en ressources génétiques agricoles. Mieux, les pays les plus riches en ressources génétiques basent au moins 50% de leur alimentation sur des ressources qui proviennent d’autres régions. Par exemple au Brésil, un méga centre de diversité, la moitié de l’énergie alimentaire que consomme la population provient du riz, du maïs et du blé qui ne sont pas originaires du pays. Le sucre de canne, produit dans le sud-est asiatique, pourvoit à hauteur de 20%. Le manioc qui correspond à 7% de l’énergie alimentaire de la population brésilienne, est la seule culture alimentaire de base qui a son centre d’origine dans ce pays. Dans le cas des pays industrialisés, la dépendance du germoplasma étranger (cultures produites dans d’autres régions) dans beaucoup de cas est de plus de 95%.

Les ressources et les connaissances générées dans ce processus millénaire sont la base des aliments et des médicaments que nous consommons aujourd’hui sur toute la planète, et ils sont les facteurs de production de base historiques et actuels de la recherche et du développement scientifique formel, qu’il soit public, commercial ou industriel, dans les domaines agricoles, pharmaceutiques et vétérinaires, en plus de contribuer à beaucoup d’autres.

Dans le secteur agricole, la valeur monétaire estimée de la contribution du germoplasma agricole du Sud au Nord pour seulement quatre espèces (maïs, blé, riz, haricots) et en prenant en compte uniquement les flux provenant du système CGIAR (Groupe Consultatif de Recherche Agricole Internationale), est évaluée à 5 milliards de dollars par an. Ce résultat est modeste, puisqu’en 1994, le Secrétaire d’État des États-Unis de l’époque, Warren Christopher a indiqué dans une lettre au Sénat, que le germoplasma étranger s’élevait à une contribution annuelle de 10,2 milliards de dollars uniquement dans les cultures de maïs et du soja américain.

Le calcul financier est basé, entre autres facteurs, sur l’économie que font les agriculteurs américains de pouvoir disposer des variétés des cultures résistantes aux maladies et de pouvoir agrandir leur étroite base génétique, causée par la grande uniformité dans laquelle travaille l’agriculture industrielle. Les variétés industrielles, doivent être fréquemment renouvelées ou changées par autres pour maintenir les rendements promis par les entreprises qui les produisent et/ou parce qu’elles sont devenues très vulnérables à des maladies (ce qui contraint ce type d’agriculteurs à acheter de nouvelles graines à chaque récolte.)
La biodiversité sauvage et agricole (c’est-à-dire la variabilité entre et dans les espèces) est l’élément fondamental pour identifier les caractères génétiques qui seront utiles pour produire de nouvelles variétés agricoles, de nouveau médicaments ou autres produits, soit dans les champs des agriculteurs, par méthodes conventionnelles soit dans des laboratoires par ingénierie génétique.

Depuis les processus de colonisation, l’orientation agro-exportatrice par des cultures qui pouvaient être vendues rapidement sur les marchés, causent une énorme érosion génétique et culturelle, contribuant à expulser les acteurs de la biodiversité de leurs communautés et de l’accès aux ressources contenues dans la terre et le territoire. L’introduction de transgéniques ajoute de nouvelles menaces : la pollution biologique et les processus que celle-ci provoque, comme la potentielle déstabilisation d’espèces et la perte des graines locales. De façon conjointe, le contrôle au moyen de brevet et les brevets « biologiques »comme la technologie Terminator pour faire des graines suicidaires. Ainsi que le contrôle du marché par la concentration croissante, des entreprises aggravent ce processus d’érosion...