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Les rythmes traditionnels (créoles) guyanais

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L’identité est importante et fait partie intégrante de l’Homme. Elle regroupe plusieurs pans au sens culturel tels que la langue, les coutumes, les habitudes alimentaires, les traditions, etc... Ces aspects constituent des repères pour un peuple qui lui permettent de se construire. En Guyane, les trois communautés de base que sont les amérindiens, les bushinengés et les créoles, ont réussi à conserver, au fil des décennies les héritages de leurs ancêtres, comme les chants, danses et rythmes traditionnels. Ici, nous verrons les rythmes créoles.

Les rythmes (incluant chants et danses) traditionnels créoles guyanais sont nombreux. Souvent on a tendance à raccourcir la chose au célèbre Kasékò. Pourtant, il en existe bien d’autres, tous hérités de cette matrice Africaine, due à la traite négrière et à l’esclavage dans les colonies du "Nouveau Monde".

On peut dire alors que la musique traditionnelle créole comporte 8 rythmes. Elle est née de la "rencontre" des rythmes africains et de l’influence de la culture dominante exercée par les maîtres colons et esclavagistes européens. Mais à bien y regarder, et à examiner les rythmes qui existent dans d’autres pays ayant subit la colonisation et la traite négrière, on retrouve les racines africaines.

Car, que ces rythmes soient de Guadeloupe, Martinique, Brésil, Antigua ou Ste Lucie, il existe un dénominateur commun : le tambour. Pas n’importe lequel, le tambour Ka.

Ainsi, les principales danses traditionnelles créoles en Guyane sont :
- le grajé
- le grajé-vals
- le léròl
- le kanmougwé ou kamougé
- le labasyou
- le béliya
- le kasékò
- le débòt

Tanbou tradisyonèlA ces différentes danses, s’accompagnent différents rythmes, chants et tenues vestimentaires. Selon le témoignage des anciens, les chants et danses traditionnelles créoles sont souvent prétexte à relater des faits, vérités et péripéties de la vie quotidienne. Cela fait que ces chants constituent un répertoire en évolution, alimenté sans cesse par des scènes de la vie courante.
Ainsi, chez les créoles guyanais, le tambour le plus utilisé est le tanbou Kasékò. Le corps de ce tambour a longtemps été constitué par de petits tonnelets auxquels on enlevait les deux extrémités, et sur lequel on y fixait d’un côté une peau d’animal maintenue par des cercles. Le corps du tanbou kasékò peut être aussi fait en bwa fouyé, c’est à dire que la caisse de résonnance sera fabriquée à partir d’un tronc d’arbre, évidé en son milieu et aux dimensions voulues selon l’utilisation que l’on veut en faire.
A l’origine, le tanbou kasékò était un tanbou tradisyonèl, c’est à dire que le système d’attaches était constuitué de cercles fabriqués à partir de lianes comme la lyann franch. On accordait le tambour en frappant sur le cercle supérieur afin de tendre la peau.
De nos jours ce tambour tend à disparaître au profit du tanbou kréyòl modèrn : le système d’attache est constitué de deux cercles en métal, de corde, et de petits bouts de bois (6 à 8) appelés "klé" qui servent à accorder le tambour au son voulu.

Les trois tailles de tambours
En général, pour jouer les différents rythmes (on verra que le grajé et le kanmougwé ont des spécificités), on constate la présence de 3 tambours de type tanbou kasékò.

- Tanbou koupé
Le plus petit des tambours, le tanbou koupé, est celui qui possède la peau la plus fine, de façon à reproduire les sons les plus hauts (aigus). Son diamètre est également plus petit que les deux autres. ce tambour est placé entre les deux autres, anmitan. Ce tambour sert à faire les solo, c’est à dire les improvisations. On dit alors que les tanbouyen font alors "parler" le tanbou koupé et la succession de sons, graves et aigus constituent alors une sorte de langage, en accord avec la chanson du moment : on dit que le tanbouyen fait des fraz. La peau la plus appréciée pour ce type de tambour est lapo kayakou.
- Tanbou dévidé (tanbou plonbé)
C’est le plus gros des tambours parmi les trois. Son diamètre est plus important que celui des deux autres et la peau qui y est fixée est la plus épaisse afin de produire les sons les plus graves. Ce tambour est donc utilisé pour fournir des basses, pour "gonfler" le son. La peau de biche (lapo bich)est en général idéale pour ce tambour.
- Tanbou foulé
Tanbou kréyòl modèrnC’est le tambour "maître" dans la disposition de l’orchestre. Sa taille se situe entre celle du tanbou koupé et celle du tanbou dévidé. C’est en quelque sorte un tambour "médium". Ses sons sont moins aigus et plus graves que le tanbou koupé mais quand même plus aigus et moins graves que le tanbou dévidé. L’épaisseur de la peau montée sur ce tambour se situe donc entre celle, fine, du tanbou koupé et celle, épaisse, du tanbou dévidé.
Le tanbou foulé est celui qui sert à jouer l’accompagnement du rythme en question. Sans tanbou foulé, difficile de jouer un rythme digne de ce nom !

Tibwa et chacha
Enfin, à ces 3 tambours viennent s’adjoindre, selon le rythme joué, deux autres instruments : le tibwa et le chacha. Ces deux instruments sont dits idiophones.
On retrouve les tibwa aux côtés des tambours dans tous les rythmes, sauf dans le Grajé et le Léròl. Les tibwa sont deux baguettes de bois que l’on frappe sur le dessus d’une sorte de tabouret en bois (kès tibwa) fermé sur les côtés. Ces fermetures font effet d’une caisse de résonnance. Le joueur de tibwa est appelé bwatyé. D’allure très simpliste, les tibwa et leur kès revêtent, tout comme le tanbou foulé, une place pourtant primordiale dans la partition des rythmes traditionnels créoles guyanais. En effet, on peut avoir les meilleurs tanbouyen au tanbou foulé, tanbou koupé et tanbou dévidé (plonbé), il suffit que la personne qui se trouve aux tibwa joue sa partition mal, et le rythme joué s’en trouve "gâté" : tout est alors déréglé, et le kasékò joué par exemple ne donne plus envie de danser, la chanson perd de sa force. D’ailleurs quand le bwatyé n’est pas dans le bon rythme, la chanteuse principale s’en rend vite compte et demande à ce que l’on change de bwatyé. En somme, le tibwa est le métronome de l’orchestre, c’est lui qui donne le tempo, la cadence, la vitesse, c’est lui qui synchronise en quelque sorte tout l’accompagnement et permet ainsi au tanbou koupé de s’exprimer.

Le chacha lui, est un instrument directement hérité des amérindiens, appelé chez ces derniers le malaka. C’est une sorte de hochet fabriqué à partir d’une calebasse contenant des graines de fruits séchés ou de petits plombs de cartouche de fusil. Le chacha, tout comme le tibwa, donne le tempo, la cadence. Il est principalement utilisé dans le Léròl par la chanteuse principale. Certains anciens affirment qu’il y a longtemps, dans certaines communes, le chacha était aussi joué dans le kasékò.

Rôle et disposition
Nous avons vu plus haut qu’il existe (au moins) 8 rythmes traditionnels créoles en Guyane et indiqué les instruments utilisés pour les jouer. Nous avons vu aussi qu’aujourd’hui on utilise principalement 3 tambours de tailles différentes (à l’exception du Grajé et du Kanmougwé qui sont particuliers) pour ce faire.
Mais cela n’a pas toujours été le cas. En effet, des anciens indiquent qu’avant, il y avait non pas 3, mais 2 tambours qui étaient utilisés : le tanbou foulé et le tanbou koupé. Par la suite, on y a adjoint un troisième tambour, et c’est cette configuration que l’on retrouve de nos jours.
Examinons donc cette évolution à travers le rythme le plus populaire qu’est le kasékò .
Dans la région de l’Est de la Guyane, à savoir dans les communes de Ouanary et Saint-Georges de l’Oyapock, on utilisait effectivement 2 tambours pour jouer le kasékò.
Le foulé (la partition du tambour d’accompagnement) était essentiellement joué sur la base de cinq notes graves (3+2) qui constituent aujourd’hui le plonbé (la partition du tambour de basse) du kasékò actuel. Ce foulé "d’antan" était alors appelé foulé fon .
C’est pourquoi, encore de nos jours, dans la région Est de la Guyane, certains estiment et jouent encore la partition d’accompagnement du foulé kasékò sur ces cinq notes graves qui constituaient le foulé fon de l’époque.
Mais dans la région de Cayenne et Roura, le foulé kasékò (la partition du tambour d’accompagnement) était joué différemment, à savoir qu’aux cinq notes graves du foulé fon, on y a ajouté 3 notes aigues, de sorte que le foulé du kasékò est passé de cinq notes graves (3 graves + 2 graves), à huit notes (3 graves + 2 aigues + 2 graves + 1 aigue). Ce "nouveau foulé" à huit notes aujourd’hui joué dans le kasékò tel qu’on le connaît de nos jours est appelé foulé ron . C’est la partition du foulé ron (à 8 notes) qui s’est imposée comme partition principale d’accompagnement du kasékò en lieu et place du foulé fon à 5 notes. Ce foulé fon a progressivement "glissé" et s’est "mu" en plonbé (basse) dans le kasékò.
On est donc passé d’une disposition initiale de deux, à trois tambours, qui est celle qu’on retrouve de nos jours. Ainsi, dans la disposition ordonnée des tanbouyens, celle qui est plus communément admise est : tibwa, foulé, koupé, plonbé (ou dévidé). Mais dans la région de l’Est du pays et pour certains natifs de cette région de la Guyane, on considère toujours que le foulé fon étant "l’ancêtre" du foulé ron, c’est le foulé fon (devenu plonbé) qui doit être aux côtés des tibwa et non l’inverse. Aussi, certains groupes adoptent encore cette disposition qui, disont le, a presque disparu.

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Gauche à droite : kès tibwa, tanbou foulé, tanbou koupé et tanbou dévidé (plonbé)




Voir aussi :
Un soir de Kasékò chez Sérotte
Chants et danses traditionnels avec le groupe MUSANDA
Le Grajé de Guyane
Rythme traditionnel créole guyanais : le Grajé
Rythme traditionnel créole guyanais : le Béliya