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Ròt Kozé n°3 (Janvier 1991)
A l’origine de cet article, il y a une histoire vraie, qui s’est produite durant les vacances. Un jeune guyanais, vivant en France, et possédant les diplômes qui convenaient, s’est présenté au Centre Spatial Guyanais à Kourou pour un emploi. Là l’employé français qui l’a reçu, lui a fait savoir qu’il n’y avait pas de boulot pour lui, et que s’il voulait travailler, il valait mieux qu’il retourne en France.
Ces faits qui concernent bon nombre de familles guyanaises, s’ils ne se produisent pas de façon identique ,posent en tout cas le problème de l’exil, et celui maintenant crucial du retour au pays.
Les raisons du départ
Pendant longtemps, l’état français a favorisé le départ de jeunes guyanais vers la France. Il l’a même organisé, avec le BUMIDOM (Bureau Migration des DOM), aujourd’hui A.N.T.
L’absence en Guyane de structure d’études supérieures, fait que la moindre réussite aux examens entraîne dans la plupart des cas, un départ pour la France. L’absence d’activité économique induit un chômage qui touche fortement les jeunes. Elle se conjugue à un phénomène d’inertie chez les individus, entravant tout esprit d’initiative, et favorisant la demande d’assistanat que l’état français est toujours prêt à pourvoir, assoyant mieux de la sorte sa mainmise sur le pays. Le jeune guyanais au chômage est amené à chercher midi, ailleurs qu’à sa fenêtre ; il ne tente même pas de faire la pêche ou l’agriculture, et même s’il en avait la volonté, les structures étatiques françaises (prêts bancaires, démarches administratives, grosses structures d’importations concurrentes) réduit à néant sa tentative. Alors il part. Il y a plus de 20.000 guyanais en France. Soit 20% de la population actuelle de la Guyane. C’est énorme.
Certes, la confrontation avec une autre culture , la découverte d’autres contées sont toujours enrichissantes, amis tout dépend des circonstances. Qu’on ne disent pas que ce fût le cas des exilés du BIMIDOM qui allait laver les couloirs des hôpitaux français, trompés qu’ils avaient été par des politiciens qui trahissaient les intérêts des notre pays en expatriant sa jeunesse, sans se battre pour lui donner du travail sur place. Près de 3/4 des guyanais vivant en France sont des petits employés des diverses administrations et collectivités (dont les PTT et les hôpitaux) et des « boîtes » privées. L’autre ¼ rejoint la classe ouvrière de France dans les métiers du Transport, manutention, industrie. Il y a cependant 10% de la population active de l’émigration guyanaise qui se retrouve au chômage. Alors que notre pays souffre d’un manque de main-d’œuvre, alors que pour son « développement » ,l’état et les entreprises françaises font appel massivement à l’immigration étrangère (y compris françaises), nos forces vives sont encouragées à s’expatrier en « Métropole ». ¼ des guyanais de France, actifs, ont entre 20 et 30 ans. Il faut stopper l’hémorragie !
De plus, c’est en France que les guyanais découvrent qu’ils sont des français entièrement à part, lorsqu’on leur ferme la porte au nez pour un logement ou un emploi à cause de la couleur de leur peau ;lorsqu’ils lisent des graffitis sur les murs, du type « dehors le nègres ».On ne peut pas aimer les guyanais et ne pas aimer les nègres...
Certains restent
On est amené à se demander pourquoi certains retournent au pays alors que d’autres restent en France ? Il n’y a pas de mystères, certains peuvent, d’autres ne peuvent pas. Malgré leur optimisme, l’exil leur pèse ; mais comment revenir au pays sans rien, quand 10-15 ans plus tôt on s’était promis de conquérir la France ? Comment démissionner d’un travail qu’on a eu tant de mal à trouver, abandonner un logement que l’on a « meublé » après tant de sacrifices, pour débarquer en Guyane sans rien, à l’aventure ? Comment parfois aussi, quitter le foyer douillet qu’on s’est fait en France, une situation correcte, alors que l’on considère son pays natal comme une terre exotique où on peut revenir de temps en temps prendre quelques vacances, filmer le carnaval, le kasé kò et les tortues luth. D’autant que ceux qui reviennent ne le font pas sans entrevues :
pas de mutations possibles,
pas d’offres d’emplois correspondant à la qualification,
des propositions d’emplois sous payés, sous qualifiés, à prendre ou à laisser.
pas de possibilités d’exercer son activité soit par manque de structures, soit parce que les freins administratifs sont toujours présents, enfin soit parce que le créneau est occupé par un français qui a pu bénéficier de toutes les facilités ; il n’y a qu’à voir comment les entreprises artisanales françaises et de commerce fleurissent actuellement, et ce sera pire en 92. Sur leur logo, leur sigle, il y a toujours le « G » qui veut dire « guyanais » ou « guyanaises », mais qui est à leur tête ?
Même le plus petit emploi est maintenant occupé ou contrôlé par des français ; si nous n’en prenons pas conscience, le coup de pied aux fesses est pour bientôt ! Plus que jamais, face aux dangers qui nous guettent (marginalisation, asphyxie économique, dépression foncière, substitution de la population...) la question du retour au pays est fondamentale.
Tout guyanais qui s’expatrie pour quelque raison que ce soit, doit le faire avec le sentiment d’acquérir les armes intellectuelles et techniques qui doivent lui permettre à son retour d’œuvrer pour que notre pays ait ses propres structures d’éducation et de développement afin que les générations suivantes ne connaissent pas les souffrances de l’exil. Quant à ceux qui sont « là-bas », il faut revenir ! La Guyane a besoin de tous ses fils, revenez !!! Battons nous sur place et en France, pour le retour au pays ! Il n’est pas encore trop tard !
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