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Ròt Kozé n°166 (Mars/Avril 2008)

- Tommie SMITH et John CARLOS, Jeux de Mexico 16/10/1968
Il y est de ces jours, de ces années, de ces moments où tout se bouscule, s’entrechoque, s’accélère et se mélange.
1968 et suivants ont été le théâtre d’évènements nous touchant plus ou moins directement tels que l’assassinat de MARTIN LUTHER KING, les J.O de Mexico et la disparition du territoire de l’Inini. Après 4 décennies qu’est-ce qui a vraiment changé, l’Histoire ne se répète t-elle pas ?
Il y a 40 ans, Martin Luther King était assassiné, qu’en reste-t-il ?
On nous a abreuvé avec : I HAVE A DREAM, pourquoi ne dit-on mot à propos de : CE PAYS EST UN BIEN ETRANGE LIBERATEUR..., phrase qui fustigeait la position des USA au Viêt-Nam et qui rapprochait le révérend King de Malcolm X, et qui fut sans doute la vraie raison de son exécution.
Aujourd’hui, c’est l’Irak qui est occupé pour son pétrole, l’Histoire à l’air de se répéter de manière curieuse, à se demander si l’on ne peut pas déjà prédire de ce que sera le monde dans 40 ans : l’occupation de la Guyane, du Suriname ou du Venezuela pour leurs richesses : l’or, le pétrole ou l’eau ?
Curieuse l’Histoire qui nous rappelle que 40 ans après la disparition du territoire de l’Inini, notre pays n’est toujours pas unifié et reste inaccessible en premier lieu à nous-mêmes avec parcs ici, réserves par là, permettant ainsi aux aventuriers européens de venir s’ériger, en porte-parole, maîtres, ou autres sauveurs, avec la bienveillante complicité du pouvoir colonial.
Le crash de la Blue Wing vient, si besoin est, nous interpeller sur la situation d’apartheid qui sévit encore en Guyane où la population autochtone a besoin d’une autorisation pour y circuler. A ce sujet, qui s’est posé la question de savoir pourquoi le principal média n’a pas fait de reportage à Antécumpata, alors que dès le 4 avril une de ses équipes a pu se rendre à Bendzorf ? La réponse est simple, l’équipe n’avait pas d’autorisation pour y aller, seules des interviews téléphoniques étaient faites.
Le parcours de la Flamme Olympique nous renvoie encore 40 années en arrière, où lors des JO de Mexico, John Carlos et Tommy Smith criaient leurs souffrances à la face de ce monde hypocrite qui feignait d’ignorer la ségrégation dont étaient victimes les Noirs aux USA.
Que seraient Colin POWEL, Condoleeza RICE ou Barak OBAMA sans ce geste ?
Alors les peuples colonisés par la France devront-ils politiser les JO de 2048 et porter nos revendications dans les capitales européennes telles que Londres, Berlin, Rome etc...
A ce sujet, il serait opportun de rappeler aux athlètes antillais composant l’équipe de France qui se croient obligés de se positionner dans le conflit opposant la Chine au Tibet, territoires d’un même ensemble géographique, qu’il serait peut être temps qu’ils s’intéressent d’abord à leur situation, qui n’est certainement pas comparable avec celle du Tibet.
Souhaitant que la récente disparition de Aimé Césaire, et surtout tout ce qui a été dit à son sujet, ramènent certains à de plus légitimes préoccupations.
Pour en finir comment ne pas rendre un hommage à Césaire, car pour nous Guyanais, ne serait-ce que pour une raison, au-delà de toute autre considération, nous devons saluer la mémoire de cet homme.
En 1975, sous la présidence de Giscard d’Estaing, Chirac étant premier ministre, Olivier Stirn ministre des colonies, un plan le plus ignoble d’invasion de notre pays était élaboré, avec bien entendu une complicité locale, sous le nom de PLAN VERT.*
Ce plan a, à l’époque, échoué grâce notamment à l’intervention de Aimé Césaire qui alertait le CARICOM sur les desseins diaboliques de la France en Guyane et lançait du même coup le concept de génocide par substitution.
Et puis, comment ne pas souligner l’indécence, la mesquinerie, le manque de scrupules, et la férocité sans bornes de la France, qui a osé, parler de panthéon.
Le seul fait d’y penser est déjà un « crime » contre la nation martiniquaise.
Non seulement Aimé Césaire ne doit pas quitter la Martinique, mais il serait grand temps que les cendres de Fanon retournent aux entrailles de son pays.
* sous couvert de développement de la Guyane, c’était en réalité les directives de Messmer (ancien ministre) qui étaient mises en application. L’opération consistant à « blanchir » les colonies comme en KANAKY ou à la REUNION.
MAYO
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