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RK 143 (Juin 2004)
Certains nostalgiques de l’Afrique, de l’Algérie ou de l’Indochine en sont pour leur frais. Eux qui répètent à longueur de journée que la corruption et les guyanais ne font qu’un tout. Mais les Guyanais ont compris depuis belle lurette que la justice est sélective dans le contexte colonial qu’est le nôtre.
On se souvient d’une certaine justice qui avait pour objet, d’emprisonner les Guyanais récalcitrants. Les Français, eux, sont exempts de « défauts » et quand ils se font pincer, on leur donne une promotion en les mutant. Ainsi ont peut les sanctionner ou les juger hors de Guyane mais jamais devant les colonisés.
Il y a quelques semaines, le siège du représentant du gouvernement français en Guyane, en d’autres termes, la préfecture faisait l’objet d’une fouille en règle de la part de la gendarmerie. Un service était particulièrement visé. Le service des étrangers. Une certaine Guyane était en émoi car cela ne c’était jamais vu. Qu’on ne s’y trompe pas, cette action est la résultante de la de la prise de position du Maire de Fort de France qui était venu dire ici haut et fort que les services de la préfecture était le point d’appui de la délivrance de permis de séjours à des prostituées. Celles-ci quittaient la Guyane en règle pour aller exercer leur métier en Martinique. Cette nouvelle, si elle en était une, ne surprend personne en Guyane pour plusieurs raisons.
Premièrement, des milliers de clandestins sont entrés en Guyane. Si l’état français ne fermait pas l’œil, le phénomène n’aurait pas eu cette ampleur car il fait partie du plan du peuplement de la Guyane. Deuxièmement, il est facile pour certains d’affirmer que les Guyanais exploitent les étrangers. Cette pratique, nous l’avons toujours dénoncée, mais il faut aussi dire que l’exploitation de la main d’œuvre profite largement au patronat qui dans certains secteurs répond à la demande publique. La responsabilité des contrôles relève des services de l’état, les syndicats avant-gardistes en savent quelque chose.
Mais pour revenir au sujet qui nous préoccupe, on reste sans voix face à la façon dont certains médias ont traité cette affaire. Le volet proxénétisme faisait la une tandis que le trafic de papiers était relégué au second plan. En outre, on a vu et entendu le préfet en personne monter au créneau pour rappeler que toute personne potentiellement ou pas mis en examen bénéficiait de la présomption d’innocence. Ce que les journalistes ont repris à qui mieux mieux. Mais nous n’avons pas la mémoire courte.
Il y a quelques années, lors des manifestations qui se déroulaient près de l’hôtel des impôts où des syndicalistes et des indépendantistes ont été sauvagement attaqués par les CRS, nous avions entendu autre chose. Sur les ondes, les autorités françaises traitaient les personnes arrêtées de tous les noms. Dans ce cas précis, les responsables préfectoraux et judiciaires n’ont pas pris la parole pour rappeler que la présomption d’innocence était aussi un droit pour eux. Rien d’étonnant, on ne le répétera jamais assez, nous sommes dans une colonie.
La justice française y trouve une autre application. On se sert de l’appareil judiciaire pour réprimer les opposants. C’est ce que l’on appelle la justice coloniale.
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