|
Notez cet article :
Ròt Kozé n°166 (Mars/Avril 2008)
Avançons Ouvrons ensemble le chantier de la libération du peuple martiniquais.
Le 20 avril 2008, au moment de mettre en terre celui qui fut durant des années son référent, le symbole vivant de sa dignité, sa barrière protectrice contre l’arbitraire inhumain d’un système colonial toujours présent toujours oppressant, le peuple martiniquais lui a adressé un grand bélya, un hommage vibrant.
En déclamant les merveilleux vers du cahier de retour au pays natal du poète père de la nation martiniquaise, ce peuple a également adressé un message fort au monde entier donnant ainsi tout son sens à cette mort qui loin d’être une fin marque le début d’une prise de parole d’un peuple qui proclame enfin ses aspirations profondes jusque là nichées dans les paroles du poète.
Que nous a dit le peuple ?
Qu’il a soif de liberté d’existence, soif d’être maître de son quotidien et de son destin, soif de parler de s’exprimer de se dire,
Qu’il ne peut plus vivre prisonnier dans le carcan civilisationnel et culturel de l’autre, cet ailleurs qui lui impose de lui ressembler
Qu’il est martiniquais, qu’il a une Identité propre et non pas des identités multiples ou mosaïques comme le prétendent ceux qui veulent faire de lui un peuple de schizophrène, soumis et dépendant.
Qu’il aspire désormais à vivre pleinement sa culture, et à s’approprier son histoire « hors des jours étrangers »
Qu’il forme une nation et qu’en cette qualité, il ne peut exister et s’épanouir sous la domination d’une nation étrangère qui n’a de cesse de la parasiter et de la détruire
Qu’il est temps que le génocide pas substitution dénoncé par le père de la nation martiniquaise cesse.
Oui, en chantant le poète tout le long du cortège funèbre, ce peuple a enfin clairement exprimé sa culture africaine profonde, proclamé son existence et invité ceux qui les représente à suivre cette démarche de dignité et d’audace.
J’ai encore en mémoire les paroles prononcées par cette femme du peuple après la mise en terre du poète quand le silence s’est fait et alors que le soir était déjà tombé « et maintenant que faisons nous ? »
Oui, le peuple attend, il attend de tous ceux à qui il a donné mandat de parler et d’agir en son nom, manifeste enfin cette dignité, cette audace et ce courage d’ouvrir enfin les portes de la liberté.
Car ce n’est point l’homme politique du moratoire et de la pause sur la revendication nationale qui a été gloryé par le peuple ce jour là !
C’est l’homme de la dignité celui du « discours sur le colonialisme », l’homme du « cahier de retour au pays natal », le rebelle !
Alors avançons, avançons, n’attendons plus, le peuple a parlé ouvrons ensemble le chantier de la liberté, il est plus que temps d’y travailler....
Césaire est parti, mais ses paroles sont plus vivantes que jamais et ce sont elles qui contiennent les ferrements qui nous guideront vers la conquête de notre souveraineté.
Le 25 avril 2008
C. DUHAMEL
|