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Ròt Kozé n° 129 (Février/Mars 2002)
La situation de redressement judiciaire d’Air Guyane n’a vraiment rien arrangé à la gestion de la compagnie. Le cabinet Segard a désigné sur place un directeur délégué qui a pris soins d’abords de se remplir les poches et en suite de placer ses intérêts avant de garantir la viabilité de la société. Résultat, après un an d’exercice 3 millions d’Euros de perte accompagnée de la caducité au courant du mois de mars 2002 du certificat de transporteur aérien de l’entreprise ainsi que la licence d’exploitation permettant d’assurer les vols au point de vue technique et administratif. De plus, les salariés d’Air Guyane n’ont pas été. payés depuis le mois de février 2002.
Pourtant le Conseil Régional avait la possibilité de soutenir la principale revendication de la centralesyndicale UTG, à savoir, une réelle prise en compte politique du transport aérien en Guyane, dans un pays complètement enclavé où le seul moyen de communication avec les communes de l’intérieur est l’avion. Malheureusement, l’alliance contre nature PSG-RPR du conseil régional et un élu Walwari ont refusé d’engager le rapport de force face aux désengagements de l’état français concernant le financement du transport aérien en Guyane. Ces élus PSG-RPR-Walwari, dont la pusillanimité met en péril le devenir politique et économique de la Guyane, ont préféré voter en séance plénière l’attribution du marché de service public au futur repreneur d’Air Guyane, M. Christian MARCHAND. Conséquence, encore 24 licenciements s’ajoutant aux 29 de l’année dernière et la confirmation de l’absence d’une ligne politique sérieuse concernant le transport aérien en Guyane du conseil régional.
Les décisions timorées et inadéquates du conseil régional, une fois plus, entraînent une réaction importante des strates de la société guyanaise. Le mécontentement des populations des communes enclavées et des salariés de la compagnie Air Guyane va aboutir à une série de manifestation de rue et à un mot d’ordre de grève générale lancé par la centrale syndicale UTG. La défaillance des politiques élus aux suffrages universels induit implicitement un désordre citoyen, intervention des gardes mobiles lors du blocage du dépôt de la Servair et du hall de l’aéroport par les salariés d’Air Guyane en grève.
Le choix d’accorder à Monsieur C. MARCHAND le marché public du transport aérien en Guyane avec une hausse substantielle de la participation financière de la région est une décision périlleuse pour cette collectivité. En effet, cet homme d’affaire n’est pas intéressé par la desserte de l’intérieur du pays qui ne dégage pas de bénéfice mais plus à la desserte régionale dont le commerce est nettement plus attractif, au détriment de la population locale.
De plus, le groupe DUBREUIL qui détient toutes les compagnies antillaises, qui est considéré comme une excroissance du groupe Air France, soutient financièrement Monsieur C. MARCHAND, ce dernier n’étant qu’un homme de paille, un intermédiaire.
Un élément de plus a cet imbroglio financier est le fait que Monsieur Eric KOURY, un ancien responsable de la compagnie Air Caraïbe du groupe DUBREUIL, ait créé une compagnie de transport de fret utilisant un ATR 42-500 et dont l’actionnaire majoritaire serait Monsieur C. MARCHAND. A priori, l’ATR 42 dont la caution et la mise en place ont été voté en assemblée plénière du conseil régional de Guyane servirait donc si le plan Marchand passait, à transporter des journaux aux Antilles, pendant ce temps les populations guyanaises de l’intérieur se retrouveront comme il y a 3 ans dans un avion de 19 places avec des listes d’attente de 2 mois.
Pourtant ce plan est très bien documenté puisque c’est l’ancien directeur administratif et financier d’Air Guyane qui l’a rédigé et vendu pour le prix de 50 000 F à Monsieur C. MARCHAND.
Aux atermoiements du Conseil Régional viennent s’ajouter celles des services de l’état qui est incapable de se prononcer sur ce dossier. Après avoir repoussé à plusieurs reprises sa décision, le tribunal mixte de commerce a enfin pris une position plus ou moins ambigu le 21 mars 2002 en stipulant qu’il n’y a pas lieu en l’état à l’adoption d’aucun plan, qu’il prolonge d’une nouvelle durée de 3 mois la période d’observation de la S.A Air Guyane, qu’il modifie la mission de l’administrateur désigné, elle sera ramenée à une mission de simple surveillance des opérations de gestion faites par les dirigeants naturels de la société, que la consultation des créanciers sur le plan de continuation présenté par M. ABCHEE sera poursuivie, déboute les autres parties de toutes autres prétentions.
Cette décision est ambiguë car les dirigeants naturels de l’entreprise n’ont plus les moyens de faire fonctionner correctement cette structure. En effet, ils n’ont plus de certificat de transporteur aérien, plus de licence d’exploitation et plus de marché public. C’est une mise à mort évidente. La mise à l’écart du repreneur, en la personne de M. Christian MARCHAND, peut s’expliquer par la faiblesse de son projet à résoudre le social et surtout à son faible financement vis à vis du passif de la société.
Ce dossier n’est pourtant pas clos, puisque le procureur de la république a fait appel de cette décision au près du tribunal de grande instance de Cayenne. Cette audience aura lieu le 22 avril 2002 à 8h30mn. Ces tergiversations juridiques entraînent inexorablement l’entreprise vers le dépôt de bilan et ses salariés vers les Assedic.
La compagnie Air Guyane est-elle une pompe à finance ? A qui profite ses mouvements financiers ? Que recherche l’état dans le dossier Air Guyane ? Des questions qu’il faudra un jour ou l’autre répondre lorsqu’il y a des fonds publics en jeu et surtout quand la liberté de tout un chacun de circuler sur le territoire est remise en cause.
Voilà où conduisent les élucubrations politiques de nos décideurs locaux. A quand une Guyane ambitieuse et responsable ? La réponse, cher lecteur de Ròt Kozé, c’est toi qui la détiens.
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