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Ròt Kozé n°1 Novembre 1990
La campagne sans précédent menée par les radios, la télévision, les journaux, les hommes politiques (en première ligne les français et américains) au nom du Droit International et au nom des principes universels des Droits de l’Homme, prépare l’opinion publique mondiale à une intervention militaire dans cette région pour, d’après la version des grands pays capitalistes, défendre les droits du peuple Koweïtien.

Derrière ces indignations unanimes et ce discours humanitaire, légaliste, se cache toute la dose d’hypocrisie de ces capitalistes. Le véritable enjeu du conflit du Golfe est le contrôle des champs de pétrole de cette région. Le liquide noir considéré comme vital pour les Etats-Unis, la France, l’angleterre, le Japon et leurs alliés occidentaux de l’Ouest et de l’Est, ne doit en aucun cas échapper à leur contrôle.
Ce contrôle, ils avaient réussi à le conserver depuis cinquante ans en partageant le territoire de la nation arabe en plusieurs petits territoires en fonction des zones pétrolifères. a l’intérieur de ces frontières artificiellement créées ont été mis en place des dizaines de roitelets et princes capables de dilapider en une soirée des millions de dollars dans les casinos de New York, Nice, Cannes, etc...pendant que les peuples arabes vivent dans la misère pour la majorité d’entre eux. Le comble du paradoxe c’est que les pays occidentaux qui ont toujours été présentés comme de grandes démocraties veulent, au prix de centaines de milliers voire de millions de morts, remettre sur son trône le roi et les princes du Koweït.
Israël : gendarme du Golfe
Le contrôle de cette région ne s’est pas fait seulement en partageant artificiellement le territoire de la nation arabe, l’autre moyen a été la création de toute pièce de l’état sioniste d’Israël. Chargé par les occidentaux de jouer le gendarme dans le Golfe pour préserver leurs intérêts, puissamment armé par les américains, Israël a toujours combattu toute tentative d’unification arabe et ne s’est pas gêné pour annexer en toute impunité Jérusalem, le Golan et la Cisjordanie et même le Liban. Pourquoi ces occupations n’ont pas suscité une réaction aussi agressive de la France, l’angleterre et consorts ? Israël est leur bras armé dans la région. C’est lui qui réprime dans le sang toute tentative de rébellion des peuples et qui garantit les intérêts américains et autres contre toutes tentatives de déstabilisation. Ils sont tous prêts à dénoncer le dictateur Saddam Hussein. Ils oublient bien vite, et les journalistes avec eux, qu’il n’y a pas si longtemps que Chirac accueillait son ami Saddam avec du champagne ( voir photo ), que Mitterrand entourait ce cynique personnage de mille et mille soins. Les contrats de ventes d’armes fleurissaient. Les industriels français, allemands, russes, italiens faisaient leur beurre sur les morts de la guerre Iran-Irak. Pourtant à cette époque, l’Irak avait gazé des milliers de femmes et d’enfants Kurdes, massacré des milliers de soldats, enfants iraniens et, sous les ordres de Saddam, assassiné tous les opposants au régime. Saddam est sans conteste un sanguinaire sans scrupules qui joue aujourd’hui sur les aspirations des masses arabes à plus de justice et de liberté. Mais les occidentaux ne doivent pas se cacher derrière la loi pour contrecarrer l’annexion du Koweït par l’Irak.
Un chat est un chat : l’impérialisme a d’abord peur de perdre ce pétrole si nécessaire à sa puissance mais qui lui coûte moins cher qu’un litre d’eau en bouteille. En effet le pétrole est acheté aux arabes à 1,70F le litre alors que le litre d’eau en France est vendu dans les supermarchés à 6F. L’Etat revend le pétrole à 7F et la différence va dans ses caisses et celles des capitalistes commerçants. Etats forts, capitalistes forts, cela se fait sur le dos des peuples du Tiers Monde.
Surtout, qu’ils arrêtent leur démagogie sur l’invasion Irakienne. Car l’exemple d’invasion est donné par les mêmes donneurs de leçons. Que dire du Vietnam, de l’algérie, Grenade, Chili, Panama, etc ? Le droit international est-il divisible ? ces maîtres du cynisme nous dirons que ça c’était avant, plus maintenant. Mais même après l’invasion irakienne, il y a eu l’invasion du Liban, totalement par la Syrie. Le Liban n’a pas de pétrole alors tant pis pour eux, et de toute façon , le Président Syrien, un autre dictateur, est un bon pion pour contrecarrer Saddam. C’est comme cela que les impérialistes lui laissent le champ libre.
L’autre argument de poids des occidentaux après le retour des Irakiens chez eux, c’est qu’il faut rétablir le pouvoir légitime. Mais c’est quoi ce pouvoir légitimé par les grandes puissances ? ces princes, loin d’être sortis des contes de milles et unes nuits, seraient plutôt sortis de l’univers de Frankenstein et Dracula. En 1990, ils se permettent encore de couper les bras des petits délinquants et de condamner à mort la femme adultère !!! Ils ignorent les droits de la défense et sont partisans de la justice expéditive : pendaison, guillotine, sur bon vouloir du roi ou de sa famille.
Ces régimes n’ont rien à envier à Saddam Hussein sinon qu’ils sont au pouvoir à vie par lien de sang. Le peuple n’a jamais mis et ne mettra jamais en place ces dirigeants. Le discours légaliste des américains et français ne repose sur rien. Le pétrole est la seule raison de cette gesticulation internationale.
La guerre bientôt ?
Pas si évident ! Malgré les gros muscles montrés par les américains : à eux seuls cela fait 250 000 hommes et toute la technologie guerrière américaine amassée dans le région !
Personne ne doute que les Etats-Unis et leurs alliés aient actuellement les moyens militaires d’abattre le régime Irakien, mais à quel prix ? C’est là que réside le nœud du problème...
a ce sujet, Dick Cheney, conseiller du secrétaire américain à la défense déclarait au journal l’express n° 2049 les grandes lignes de l’opération « Night Camel » : détruire l’Irak en 4 jours et même le Koweït si nécessaire. Cela serait l’attaque la plus meurtrière de l’histoire du monde qui débuterait « une nuit sans lune de novembre ». Il s’agirait de couvrir l’infrastructure militaro-industrielle de l’Irak d’un tapis de bombes, de missiles de croisière et de nouvelles armes comme la fusée tactique aTaCMS de 240 kms de portée...ensuite, reconquérir le Koweït avec 100 000 marines et militaires français. Mais les occidentaux veulent tuer sans se faire tuer. Tous les sondages le montrent. L’opinion publique française conditionnée par les médias veut bien que les avions français aillent lâcher quelques bombes sur la population civile irakienne pour donner une « leçon » à Saddam mais il ne faut pas qu’un seul soldat se fasse tuer dans une guerre classique.
Le deuxième nœud du problème est le prix de l’essence qui grimpe et qui grimperait encore plus en cas de guerre déclarée. Les français ne le supporteraient plus...
C’est l’existence de ces deux nœuds qui pourraient nous faire sortir de la logique de guerre de Mitterrand pour sa nouvelle logique de paix. L’Irak n’est pas une proie facile à digérer pour deux raisons qui découlent des deux nœuds précédents :
Son armement : exemple de taille et lourd de signification. En décembre 1989, on apprenait le tir réussi, depuis la base d’al anbar à 80 kms de Bagdad, d’un engin spatial à trois étages de 48 tonnes, Tammouz 1, capable de placer un satellite de 300 kg sur orbite.
Désormais, l’Irak fait partie des grands qui maîtrisent à quelques éléments près, les technologies nucléaire, bactériologique, chimique et spatiale. Entre 1973 et 1980, l’URSS livre à Bagdad des chars T6Z et T7Z par centaines, des avions de combat MIG 21 et MIG 2Q3, des hélicoptères avec missiles FROG 7 et SCUD B. Ensuite c’est la France qui livre des avions F1 qu’on peut ravitailler en vol, des radars, des hélicoptères super-étendards. Puis l’union soviétique se décide à lui livrer des bombardiers à long rayon d’action TUPOLEV 22 et de redoutables avions d’attaque SUKHOI 25, sans compter les armes chimiques et bactériologiques : la bombe « atomique » des pauvres fournie en grande partie par l’industrie allemande et la technologie nucléaire fournie par la France. Tout ce matériel a même été perfectionné par les techniciens et scientifiques Irakiens...
L’armée de Saddam est composée de plus d’un million d’hommes ayant eu l’expérience de 9 années de guerre dans le désert contre les Iraniens. Il y a de quoi faire réfléchir tout président américain sensé quelque soit la puissance de frappe de l’armée US. Les experts militaires, qu’ils soient américains, français ou autre, ne s’y trompent pas. En cas de guerre conventionnelle contre l’Irak, c’est 40 000 soldats américains qui resteraient morts dans les sables du désert. En cas d’attaque aérienne, un bon nombre d’avions US ne rentreraient pas à leur base. Sans compter qu’une fois acculé, Saddam Hussein pourrait appuyer sur tous les boutons à la fois et provoquerait un conflit général qui embraserait tous les pays du Golfe.
Ce scénario affecterait immédiatement l’approvisionnement des occidentaux en pétrole avec des conséquences sur leur économie pendant longtemps. Ces arguments de poids suffisent pour tempérer les sentiments guerriers de Bush, Mitterrand, Thatcher, et Gorbatchev. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un dérapage. Cependant la position des occidentaux qui est « tout sur l’embargo et tous derrière les Nations Unies » montre bien que les lendemains de la guerre font réfléchir et même les plus belliqueux. Nous nous retrouvons aujourd’hui plus près de la logique de paix.
Et la Guyane dans tout cela ?
Une rumeur a circulé, un journaliste de RFO a posé la question à un général de passage en Guyane : il serait prévu d’envoyer au Golfe, en cas de guerre, plusieurs milliers de militaires antillo-guyanais. De plus, les satellites militaires lancés depuis la base de Kourou seraient dirigés sur l’Irak. Notre pays, grâce à ce cadeau fourni par l’impérialisme français et européen serait en première ligne en cas d’un conflit généralisé. D’ailleurs les Libyens, Irakiens etc... l’ont déjà déclaré. C’est pourquoi nous devons nous sentir concernés par ce problème et rappeler que les pays du Nord n’ont aucun droit sur les richesses pétrolières, qui ne leur appartiennent pas. Ils doivent, comme l’Irak, évacuer sans conditions et immédiatement les zones où ils stationnent par la force des armes.
Nous devons nous opposer à toute intervention militaire et réaffirmer que seule la Nation arabe et, de manière générale, les peuples concernés, ont le droit de régler les conflits régionaux qui sont de leur ressort.
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