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Ròt Kozé n°166 (Mars/Avril 2008)
Nous publions ici un texte du syndicat UTG/CGT de l’éclairage en Guyane à propos de la situation de l’énergie en Guyane.
Fin 2006, le personnel d’EDF Guyane et notre syndicat UTG/CGT de l’éclairage, avaient entamé une grève longue de 15 jours pour exiger d’EDF une meilleure politique en matière de production et de distribution de l’énergie électrique en Guyane.
EDF prévoyait pour 2010, la fermeture de l’actuelle centrale de Degrad-des-Cannes (DDC), d’une puissance en moteurs diesel de 72 MW et son remplacement par une nouvelle centrale sur un site jouxtant le site actuel, par le biais d’une filiale pour une puissance de 70 MW.
Nous avions contesté ce choix dans notre cahier de revendication lors de la grève de 2006, en indiquant qu’il nous mènerait vers des problèmes de production, donc de fourniture d’électricité pour la population
Outre le fait que nous avions combattu la direction d’EDF sur le choix de la filialisation de la production, nous nous étions battus aussi pour augmenter la capacité de production (90MW au lieu des 70 prévus pour le réseau « littoral » et la prise en compte des besoins pour les communes isolées) sur toute la Guyane. Nous avions également indiqué que l’échéance de 2010 prévue par EDF n’était pas réalisable et ainsi proposé un autre scénario, qui à notre sens était le meilleur, que la direction d’EDF n’a jamais voulu admettre lors des négociations.
La mise à l’index de leurs choix par notre organisation nous a d’ailleurs valu cette vague de répression anti-syndicale qui s’abat sur des responsables de notre organisation depuis plus d’un an déjà.
Nous avions indiqué à EDF, compte-tenu de la nature du terrain marécageux qui jouxte la centrale de DDC actuelle et de notre retour d’expérience en la matière, que la construction d’une nouvelle centrale pour 2010 n’était pas réalisable. Nous avions donc proposé que soient DéNOxés (système de dépollution des fumées) les moteurs actuels de DDC pour satisfaire aux normes réglementaires, et suggéré l’installation de deux groupes de plus forte puissance pour satisfaire à la demande. Puis le remplacement progressif des groupes de DDC arrivant en « fin de vie » par des groupes plus puissants.
Le Conseil d’Administration d’EDF qui s’est tenu à Paris le 3 avril dernier a dû reconnaître que l’échéance 2010 n’était pas tenable comme nous l’avions prédit : il n’y aura pas de nouvelle centrale en 2010. Nous avions donc raison.
Motif : nature du terrain marécageux et coûts de construction supérieurs à ceux escomptés (4030 €/kW au lieu des 1050 €/kW prévus).
Elle prétend donc repousser cette nouvelle centrale pour 2013 mais ne dit pas comment elle va régler les problèmes de coûts mais aussi de production pendant ce laps de temps.
En effet, la surexploitation des moteurs de DDC sans effectuer les révisions en temps voulu et en allégeant les actes de maintenance a débouché au premier semestre 2008 sur une diminution importante de la capacité de production de la centrale de DDC.
En effet, sur 9 moteurs 5 sont en état d’être exploités.
De même, la centrale hydraulique de Petit Saut fournissant 80 % de la production électrique de la Guyane connaît actuellement une baisse de régime car un des groupes hydrauliques est arrêté sur incident mécanique sur une des pales du rotor dont l’alignement serait défectueux.
Ces problèmes sont cachés pour le moment par la direction, mais si la pale et l’alignement de l’arbre doivent être réparés le groupe concerné sera à la l’arrêt pendant un certain temps en rapport avec la durée de fabrication de cette pièce (2 ans) à moins que la direction ne prenne le risque d’exploiter le groupe avec un risque majeur pour la centrale et le réseau de production guyanais.
Donc sur 4 turbines, 3 sont en exploitation aujourd’hui à Petit Saut.
Ces problèmes de production fragilisent la fourniture électrique aux usagers, en effet la réserve primaire s’est considérablement réduite.
De plus, la région de l’ouest connaît des taux de coupures importantes inhérents à la structure du réseau de transport (réseau haute tension) ; dernièrement il y a eu une coupure de 10 heures et le 1er mai jour de la fête du travail une grande partie du littoral était privée d’électricité (seulement une partie de l’île de Cayenne était alimentée) car la centrale de Petit Saut à déclenché par retour de puissance dû à une défaillance au poste source de Kourou.
Aucune amélioration du réseau de transport n’est prévue tant à l’est qu’à l’ouest malgré l’arrivée de la route dans certaines communes du littoral.
Aucun moyen de production supplémentaire n’a été prévu par EDF pour faire face à l’augmentation de la consommation électrique.
Il est à craindre pour la période 2008-2013 une insuffisance de l’offre par rapport à la demande entraînant des soucis en perspective pour l’usager guyanais du littoral. L’Histoire nous donne raison.
Dans le même temps la direction d’EDF Guyane commence à réduire les effectifs, 54 postes ne sont pas pourvus, représentant plus de 12 % des emplois à EDF Guyane.
Elle commence à externaliser (sous-traitance) certaines activités, c’est le cas à la centrale de DDC où les grandes visites (révisions) sont réalisées par une société venant de Paris accompagnée de ses salariés (14 personnes).
Elle entreprend des réorganisations dans tous les secteurs d’activité afin de préparer la sous-traitance et en finalité réduire durablement les effectifs.
Les répercussions de cette politique sur le tissu économique de la Guyane sont importantes car les emplois directs et indirects disparaissent. En effet tout est fait pour délocaliser les marchés EDF. Le fameux slogan « EDF une entreprise intégrée pour le développement durable de la Guyane » n’est plus d’actualité. La logique financière se moque des dommages collatéraux.
Les suites judiciaires de l’affaire EDF continues, le mardi 6 mai 2008 5 camarades responsables de notre organisation ( P. JESBAC secrétaire général, S. ROMNEY secrétaire général adjoint, R. RACON secrétaire de section de l’agence de Baduel, C. MARIEMA ex-secrétaire de section de l’agence de Kourou, C BOURDIN membre du conseil syndical) ont été assignés devant le tribunal correctionnel de Cayenne pour une pseudo séquestration de 3 membres de la direction EDF (Marc GIRARD ex-directeur de centre, C HARTMANN ex-directeur adjoint de centre, Alain Patrick ROBINSON chargé de mission) le 15 mai 2007.
Ce jour là, 5 de nos camarades (J.C. CASTOR, G ALIKER, C. BARDOUX, A. GOMME, S LABRADOR) étaient gardés à vue pendant une dizaine d’heures à la gendarmerie de Chaton, Rémire-Mont joly et de la Madeleine.
L’audience a été reportée au 27 juin 2008 parce qu’un des avocats de la défense, maître LUCIANI n’était pas présent. Il est bon de préciser que le tribunal était bouclé par les policiers et que l’entrée à la salle d’audience était fortement réglementée pour ne pas dire interdite pourtant en correctionnel les audiences sont publiques. Cet exaction a créé un incident d’audience car deux des camarades qui étaient assignés ont eu du mal à accéder à la salle d’audience obligeant le président à faire son mea-culpa.
Conclusion :
Le secteur de l’énergie électrique en Guyane est bien moribond et rien de bien rose ne s’annonce pour les usagers guyanais de l’énergie dans le court terme.
Syndicat UTG/CGT d’EDF Guyane
Le 24/04/2008.
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