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ENVIRONNEMENT : Parc du Sud les enjeux cachés

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RK 143 (Juin 2004)

Suite du dossier paru dans le n° 142.

Même si chaque famille, communauté et peuple ont des ressources déterminées et des semences qui font partie de leur culture et identité, l’échange a toujours été un élément présent, auquel il ne faut pas seulement donner des contenus pratiques et matériels, mais aussi sociaux, religieux, culturels. Par exemple, dans beaucoup de cultures indigènes, la dot de mariage est la livraison de semences d’une famille à l’autre, il est très commun que les paysans partagent leurs semences comme cadeaux etc.

Ces processus n’appartiennent pas au passé, bien qu’ils soient fortement menacés par la grave érosion génétique et culturelle, produite, entre autres causes par l’avance de la Révolution Verte avec l’agriculture industrielle chimique et mécanisée, l’orientation agri-exportatrice qui s’impose aux économies du Sud, la concentration de la terre et la dépossession des paysans qui s’en suit. Cependant, le processus de créer de la diversité agricole reste présent en plus ou moins grande mesure sur 60% des terrains en culture dans le monde, surfaces qui sont utilisées par des paysans traditionnels. Presque la totalité de ceux-ci se trouvent sur des terrains marginaux où ils ont été expulsés par les successives vagues d’occupation de la part des puissants, depuis les seigneurs coloniaux, avec leurs plantations de monocultures de sucre, café, rotin, etcetera, jusqu’aux latifundia actuels et les grandes fermes agro-exportatrices. Les politiques de la Banque Mondiale, depuis les programmes d’ajustement structurel jusqu’aux politiques agricoles et de « reforme agraire » ont été le soutien des grands capitaux agricoles dans ce processus d’érosion et de dépossession.

Actuellement, les êtres humains utilisent à peu près 70% des écosystèmes tropicaux et tempérés pour produire 98% des aliments et produits du bois. Seulement 5% de l’aire tropicale et tempérée de la planète serait inhabitée et non utilisés. Malgré les processus de « modernisation » on estime que la population rurale du Tiers Monde dépend des ressources biologiques pour satisfaire jusqu’à 90% de ses besoins, 60% de la population mondiale dépend essentiellement de l’autosubsistance pour son alimentation et 80% de cette population fait usage de plantes médicinales pour se soigner.

Approximativement la moitié de la population mondiale, 3 milliards de personnes, se consacre à l’agriculture. Selon la FAO, la moitié de celles-ci dépendent des semences qu’elles gardent de leurs propres récoltes comme source principale de semences.

Des Paysans au monde : l’interdépendance génétique
Historiquement, le processus d’échange et de création de semence et de diversité agricole par les campagnards et les campagnardes n’a pas été seulement local, mais a couvert des surfaces très étendues. Mais, ce furent les expéditions et le processus de conquête qui mondialisa la chose. Actuellement, toutes les nations du monde sont interdépendantes en matière de ressources génétiques agricoles. Bien que ce que l’on appelle centres d’origine des cultures se trouvent en grande majorité en Amérique latine, en Afrique et en Asie, et que dans ces continents, on trouve environ 80% des ressources biologiques de la planète, à cause des processus d’échange, de l’acculturation de la transculturation, aucun pays est actuellement « autosuffisant » en ressources génétiques agricoles.
Mieux, les pays les plus riches en ressources génétiques basent au moins 50% de leur alimentation sur des ressources qui proviennent d’autres régions. Par exemple au Brésil, un méga centre de diversité, la moitié de l’énergie alimentaire que consomme la population provient du riz, du maïs et du blé, qui ne sont pas originaires du pays. Le sucre de canne, produit dans le sud-est asiatique, pourvoit à hauteur de 20%. Le manioc qui correspond à 7% de l’énergie alimentaire de la population brésilienne, est la seule culture alimentaire de base qui a son centre d’origine dans ce pays. Dans le cas des pays industrialisés, la dépendance du germoplasma étranger (cultures produites dans d’autres régions) dans beaucoup de cas est de plus de 95%.

Les ressources et les connaissances générées dans ce processus millénaire sont la base des aliments et des médicaments que nous consommons aujourd’hui sur toute la planète, et ils sont les facteurs de production de base historiques et actuels de la recherche et du développement scientifique formel, qu’il soit public, commercial ou industriel, dans les domaines agricoles, pharmaceutiques et vétérinaires, en plus de contribuer à beaucoup d’autres.

Dans le secteur agricole, la valeur monétaire estimée de la contribution du germoplasma agricole du Sud au Nord pour seulement quatre espèces (maïs, blé, riz, haricots) et en prenant en compte uniquement les flux provenant du système CGIAR (Groupe Consultatif de Recherche Agricole Internationale), est évaluée à 5 milliards de dollars par an. Ce calcul est modeste, puisqu’en 1994, le Secrétaire d’État des États-Unis de l’époque, Warren Christopher a argué dans une lettre au Sénat, que le germoplasma étranger s’élevait à une contribution annuelle de 10,2 milliards de dollars uniquement dans les cultures de maïs et du soja américain.

Le calcul financier est basé, entre autres facteurs, sur l’économie que font les agriculteurs américains de pouvoir disposer des variétés des cultures résistantes aux maladies et de pouvoir agrandir leur étroite base génétique, causée par la grande uniformité dans laquelle travaille l’agriculture industrielle. Les variétés industrielles, doivent être fréquemment renouvelées ou changées par autres pour maintenir les rendements promis par les entreprises qui les produisent et/ou parce qu’elles sont devenues très vulnérables à des maladies (ce qui contraint ce type d’agriculteurs à acheter de nouvelles graines à chaque récolte.)
La biodiversité sauvage et agricole (c’est-à-dire la variabilité entre et dans les espèces) est l’élément fondamental pour identifier les caractères génétiques qui seront utiles pour produire de nouvelles variétés agricoles, de nouveau médicaments ou autres produits, soit dans les champs des agriculteurs, par méthodes conventionnelles soit dans des laboratoires par ingénierie génétique.

Depuis les processus de colonisation, l’orientation agri-exportatrice ou les cultures qui pouvaient être vendues rapidement sur les marchés, causent une énorme érosion génétique et culturelle, contribuant à expulser les acteurs de la biodiversité de leurs communautés et de l’accès aux ressources contenues dans la terre et le territoire. L’introduction de transgéniques ajoute de nouvelles menaces : la pollution biologique et les processus que celle-ci provoque, comme la potentielle déstabilisation d’espèces et la perte des graines locales. De façon conjointe, le contrôle au moyen de brevet et les brevets « biologiques »comme la technologie Terminator pour faire des graines suicidaires. avec le contrôle du marché par la croissante concentration, des entreprises aggravent ce processus d’érosion...