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Ròt Kozé n° 128 (Janvier/Février 2002)
L’Argentine subit une grave crise économique et politique qui déstabilise les fondements du gouvernement argentin. En l’espace de quinze jours ce pays a connu cinq présidents.
20 décembre 2001 : manifestations et premiers concerts de casseroles. Le président Fernando de la Rùa démissionne.
22 décembre : Ramon Puerto, président du sénat, devenu automatiquement président par intérim, démissionne au bout de quarante huit heures.
23 décembre : Adolfo Rodriguez Saà est nommé président par intérim par le congrès. II annonce la suspension du remboursement de la dette et la création d’une nouvelle monnaie, l’argentino.
29 décembre : nuit d’émeutes à Buenos Aires. Le gouvernement provisoire démissionne. En tout, les manifestations qui ont eu lieu la semaine de Noël ont occasionné 30 morts et plus de 4 500 arrestations.
30 décembre : Adolfo Rodriguez Saà démissionne. Plusieurs hauts fonctionnaires péronistes quittent le palais présidentiel cachés dans un camion, de peur de devoir affronter la foule.
Le poste de président doit revenir à Ramon Puerto, mais celui-ci le refuse et démissionne du sénat.
1er janvier 2002 : Eduardo Camarïo, président de l’assemblée, prend les rênes du pays pour quarante huit heures.
2 janvier : Eduardo Duhalde devient président de la république.
6 janvier : adoption de la loi d’urgence économique, fin de la parité dollar-peso, dévaluation du peso de 29%.
L’Argentine a une dette extérieure estimé à 132 milliards de dollars due essentiellement à une politique néo-libérale menée pendant les années 1990 qui favorisa la concentration des richesses et une augmentation de la pauvreté.
En 1990, M. Carlos Mennen est au pouvoir, sur les recommandations du FMI, il privatise des pans entiers de l’économie argentine pour juguler le déficit croissant de l’état. En avril 91, le gouvernement Mennen instaure la parité dollars-pesos (1 dollar = 1 peso). Cette mesure va aggraver la situation car les exportations vont considérablement chuter ; inversement, les importations vont connaître une hausse spectaculaire. L’Argentine s’enfonce dans la crise, car pour faire face au déficit croissant le gouvernement est obligé d’emprunter à des taux importants pour rembourser la dette extérieure.
La corruption généralisée du gouvernement Mennen aggrave la situation financière du pays, un phénomène qui pris naissance avec l’arrivée massive des financiers étrangers lors de l’ouverture du marché public argentin. Ces groupes économiques, en majorité étrangers ne reculent devant rien lorsqu’il s’agit de saper bénéfice ; l’incitation à la corruption est omniprésente entraînant le pillage du pays et le dysfonctionnement de l’appareil étatique. Selon un rapport du ministère de l’économie argentin, 120 milliards de dollars de fonds argentins sont à l’étranger déposés sur des comptes bancaires ou dans des paradis fiscaux. Un montant que la fiscalité argentine ne pourra jamais contrôler.
Le 10 décembre 1999, Fernando de la Rua succède à Carlos Mennen, la variation annuelle du PIB est négative (-3%). II décrète un plan d’austérité concernant les dépenses publiques et obtient une aide du FMI d’un montant de 40 milliards de dollars. II ne prend aucune mesure sérieuse contre la corruption et n’envisage pas de nationaliser certains fleurons de l’industrie argentine.
Mais les indicateurs économiques sont au rouge, en octobre 2001 le chômage atteint 18,3%, la pauvreté touche 15 millions d’argentins. L’Argentine est en cessation virtuelle de paiement, de nouvelles mesures économiques sont prises. Réduction de 13% des salaires des fonctionnaires et des retraites, l’annonce de ces mesures entraîne une fuite immédiate de capitaux vers l’étranger estimé à 15 milliards de dollars. Pour endiguer cette fuite l’état ordonne le gèle des dépôts bancaires des citoyens.
Le gouvernement argentin fait appel au FMI pour payer les intérêts de la dette extérieure, ce dernier refusa sous le prétexte que l’Argentine n’a respecté les directives du FMI. Ce refus plongea l’Argentine dans le chaos politique.
Les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque Mondiale), contrôlées par les américains, sont en partie responsables de la débâcle argentine. Notamment, quand le FMI a refusé d’aider le gouvernement argentin tout en sachant que ce dernier était en situation virtuelle de cessation de paiement.
Que recherchait cette institution lorsqu’elle a pris cette position ?
D’autant plus, pour d’autre pays, elle n’a pas mis en avant le respect de ses directives économiques. C’est le cas de la Russie qui bénéficie des largesses de cet organisme tout en sachant qu’une partie de la somme est détournée. Que peut-on dire des faveurs accordées à la réélection du président brésilien Cardoso en 1998 au détriment d’un candidat farouchement opposé au FMI. Ou de l’aide accordée dernièrement au Pakistan pour réduire son déficit extérieur en contrepartie du soutient apporté par ce gouvernement au coup d’état militaire américain contre le gouvernement afghan. Et la liste est non exhaustive.
Ces institutions sont aussi responsables de l’assujettissement aux USA de la plupart des pays indépendants, qui ont opté pour l’aide de ces organismes, créant de ce fait une nouvelle forme de colonisation mondiale. Un système de globalisation qui permet l’enrichissement d’une minorité sur la grande majorité, favorisant la déréglementation et l’appauvrissement des classes laborieuses.
Dans le cas de l’Argentine, le FMI recherche peut-être la destruction du Mercosur, le grand marché économique Sud Américain pour l’émergence de la zone de libre échange des Amériques (ZLEA) comme le préconisent les USA.
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