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Appel d’offre sur les délégations de service public pour le transport aérien

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Ròt Kozé n° 128 (Janvier/Février 2002)

Ròt Kozé publie la position du MDES lors de l’assemblée plénière de la région du mardi 5 février 2002 concernant l’appel d’offre sur les obligations de service public pour le transport aérien. La majorité PSG et RPR du Conseil Régional accompagnée d’un élu de Walwari ont voté pour le projet de M, Marchand signifiant ainsi la fin de la société Air Guyane avec tout son corollaire pour les salariés et pour la desserte de l’intérieur du pays.

A chaque fois que la Région Guyane a été amenée à discuter d’Air Guyane, le MDES a toujours rappelé que la question du transport aérien n’est qu’un aspect d’un problème global, celui du désenclavement de notre vaste territoire et de son aménagement.

Les citoyens de Guyane doivent pouvoir bénéficier de plusieurs moyens de circulation. Des moyens collectifs par le transport fluvial ou maritime, par l’avion, le train. Les guyanais doivent pouvoir se déplacer aussi par la route qui permet le transport individuel. des personnes.

Les habitants de notre pays ont le droit de circuler librement quelle que soit la zone géographique où ils résident. La réalisation des voies et des moyens de

communication sont une priorité démocratique dans la mesure où de nombreuses zone de résidence ne sont pas encore reliées les unes aux autres. Sont concernés plus particulièrement les habitants des communes de Saul, Camopi, Grand Santi, Ouanary, Papaïchton, Maripasoula. Apatou, St élie et St Georges. soit 9 communes sur 22. Situation inadmissible.

Dans ce contexte, et dans l’attente de réalisation de liaisons terrestres devant relier impérativement et dans l’urgence tout le territoire guyanais, le transport aérien revêt une importance particulière pour la circu­lation des personnes et aussi pour le développement économique, le transport des marchandises (exemple du gazole pour les orpailleurs), les moyens et aménagements en équipement publics (par exemple, les écoles).

Le MDES ne vote pas le budget du Conseil Régional de Guyane présenté par la majorité PSG-RPR. L’une des raisons que nous évoquons chaque année est l’absence de politique, de choix ambitieux en matière d’aménagement du territoire. Si bien que les zones enclavées le sont encore et que nous en sommes toujours au stade d’études ou de réalisation "par petit bout".

L’avion continue donc à être un outil indispensable pour le déplacement d’une grande partie de la population guyanaise. La bonne marche de la compagnie aérienne est un impératif.

Dans cette affaire, si nous désapprouvons les orientations de la Région Guyane, nous stigmatisons aussi l’attitude de l’Etat français qui refuse de mettre un centime pour le désenclavement et l’aménagement du territoire guyanais au mépris des droits humains élémentaires.

Quand la Région a eu à se prononcer sur la caution à apporter à l’avion ATR de 50 places qui illustrait un changement radical de stratégie en matière de flotte aérienne, les élus du MDES ont été les seuls à refu­ser cette politique. Certains élus de l’assemblée se sont laissés séduire par les discours sur une nouvelle politique aérienne régionale en direction de nos voisins amazoniens. Ils ont pensé qu’il était nécessaire de désenclaver la Guyane par rapport à son environnement naturel et ont fermé les yeux sur les révélations et les interrogations que formulait le MDES. D’autres élus ont voté la caution à l’ATR pour d’autres raisons, dont nous n’avons pas les détails, mais qui correspondent à leur positionnement politique politicien et à leur soumission aux réseaux d’influences qui polluent la vie publique guyanaise. Bref, personne n’a voulu entendre que les pistes devant accueillir l’ATR n’étaient pas encore construites, que le hangar qui devrait permettre son entretient n’existe pas, que les mécaniciens n’étaient pas encore formés, ni les hôtesses de l’air, que les agréments de l’aviation civile n’étaient pas encore confirmés. Nous avons fait savoir aux élus de l’assemblée que l’ATR ne pourrait pas se poser à Saül. Effectivement la commune de Saül est restée plus de 4 mois enclavée avant l’achat du BN2. Nous avons insisté, avec force exemple, pour que la Région Guyane ait le maximum de garantie, y compris sur la gestion de la Compagnie Air Guyane, avant de se lancer dans le cautionnement de l’ATR. Nous avons évoqué la poli­tique aérienne aventureuse de la direction d’Air Guyane qui liquidait tous les petits avions qui se posaient sur les pistes en Guyane pour acheter un gros avion qui ne pourrait atterrir qu’à Maripasoula et St Georges. Nous avons critiqué les choix financiers de la direction d’Air Guyane, cautionné par la majorité de la Région Guyane suivie par d’autres collègues ; choix financier qui consistent à mettre la Collectivité Régionale devant le fait accompli pour l’octroi de rallonges financières continuelles et notamment pour cautionner l’achat de l’ATR en défiscalisation au profit de la Direction d’Air Guyane.

Les 28 autres élus de la Région Guyane ne nous ont pas écoutés. Lors de la séance plénière du 25 octobre 1999, à part une abstention, seuls les élus du MDES ont refusé de cautionner l’achat de l’ATR. Notre position était claire : Bien que nous ne soyons pas contre le principe d’ajouter à une flotte intérieure un plus gros avion dans une perspective extérieure, nous jugions que la Région Guyane n’avait pas en sa possession les éléments techniques et financiers lui permettant d’engager les finances publiques et que trop d’incertitudes pesaient sur ce dossier.

L’histoire nous donne raison. L’ATR était un "Chouval grovant". II est resté bloqué à terre pendant un an. II ne se pose qu’à Maripasoula et Saul. Le petit avion racheté pour Saul ne peut se poser quand il pleut. Les autres communes sont aussi enclavées qu’avant. Le hangar pour l’entretient de l’ATR n’existe toujours pas. II va fait ses révisions aux Antilles. II ne dessert aucun pays voisin. La compagnie Air Guyane est en redressement judiciaire, à deux doigts de sa liquidation. La Région ne cesse de voter des compensations financières. Quant à l’état français, il ne s’engage que si la pression populaire l’y oblige. Souvent, les assurances données ne sont pas suivies d’effets. Les ministres français font des déclarations que les élus en déplacement sur Paris relayent positivement en Guyane. Alors, font-ils semblant de les croire ? Ou bien ont-ils pour mission de calmer le jeu, en bons relais locaux, dans la perspective coloniale de paix sociale ? Pourtant, toutes les manœuvres de la DGAC pour couler définitivement Air Guyane ont été largement identifiées.

En tous cas, souhaitons que les élus qui siégeront à la SEM, Société d’Economie Mixte que créera la Région Guyane, aient la rigueur nécessaire pour ne pas faire revivre aux populations guyanaises les douloureux épisodes que nous vivons depuis deux ans. Le MDES a refusé de siéger dans la commission ad hoc qui étudie le dispositif de mise en place de la SEM. Nous laissons à la majorité PSG-RPR la responsabilité de sa politique.

A propos de l’appel d’offre sur le Service Public, il ne reste plus qu’une seule société que le rapport du président de Région présente favorablement. Nous ne sommes pas de cet avis. L’offre de M. Marchand ne respecte pas le nombre de rotations d’avion minimum pour un service public démocratique. Cette proposition prévoit un plan de licenciement que nous refusons de cautionner. Nous soulignons d’ailleurs, à cette occasion, que le MDES estime que les salariés des entreprises en difficultés ne sont pas responsables des choix opérés par leurs directions et qu’ils ne doivent pas en subir les conséquences, notamment l’application de plans sociaux successifs qui conduisent à la disparition des sociétés et au chômage des travailleurs, nous avons l’exemple de la CFPN dans le secteur de la Pêche. Dans le cas d’Air Guyane, un premier plan social a déjà conduit à des dizaines de licenciements ; II n’est pas question, pour nous, de valoriser une offre qui continue dans cette voie. Nous voterons donc contre l’offre de M. Marchand

En conclusion sur cette question, les faits, la réalité nous obligent à redire avec force que le MDES avait raison de demander à la Région Guyane d’exiger plus de garantie d’Air Guyane avant de servir d’avaliseur pour une opération financière aventureuse au service d’une politique aérienne incohérente.

Si vous nous aviez écoutés, nous n’en serions pas là.